‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 336 sur 455 · LIVRE XXXIV · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIV

rebelles et les calomniateurs de son diocèse, disait qu'après ce bref il ne fallait plus souffrir les jansénistes, à moins qu'ils ne révoquassent et détestassent toutes leurs erreurs, et qu*il fallait les citer pour les obliger dans l'assemblée de se soumettre à ce bref et de souscrire le formulaire des évêques. Cette chaleur ne [fut] pas gratuite; elle [lui] mérita auprès des Jésuites l'avantage d'être tiré de son évèché de Saint-Papoul et transféré à trois archevêchés successivement pour insulter plus qu'aucun autre aux lois de l'Église.

Cependant MM. de La Lane et Girard ne laissèrent pas de faire représenter aux évoques par des personnes sages que cette affaire était plus importante pour eux qu'ils ne se l'imaginaient, puisqu'il s'agissait d'un bref qu'on leur ferait lire simplement sans autre cérémonie, n'étant qu'une simple lettre, et non une bulle, ni une constitution, ni un acte ('mané du consistoire; que d'assujettir les évêques à exécuter ces sortes de lettres, c'était les assujettir aveuglément à tout ce qui pouvait venir de Rome et qui aurait été mendié des officiers du pape, ou surpris par artifice, ou extorqué par de violentes sollicitations ; que les assemblées d'évêques ne devaient être convoquées que pour des choses de conséquence et authentiques, et non pas pour des choses d'intrigues et de cabales où tout le monde reconnaissait visiblement qu'il n'y avait que des particuliers intéressés, tels qu'étaient alors les Jésuites, que l'on savait avoir été les promoteurs de ce bref et l'avoir reçu eux-mêmes, et qui en poursuivaient si chaudement l'exécution. Que dans le fond ce bref ne déclarait rien de nouveau, et parlait de l'hérésie de Jansénius sans marquer ce que c'était et en quoi elle consistait, et que de l'exécuter comme les Jésuites le prétendaient, c'était éloigner la paix de l'Église, en entretenir la confusion et exciter une persécution injuste contre des personnes innocentes; qu'il était nécessaire avant toutes choses de faire voir quelle était cette hérésie de Jansénius pour agir avec certitude, et de ne pas pousser comme hérétiques des prêtres et des docteurs très pieux et très catholiques ; qu'enfin ils devaient faire attention sur tout ce qui s'était passé dans la négociation et les conférences tenues en la présence de M. Tévéque de Comminges entre les Jésuites et eux ; et ils leur firent présenter un petit mémoire

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qui contenait peu de lignes, dans lequel ils exposaient Timportance de celle affaire, et qui devait faire peu d'effet sur des personnes si étrangement prévenues.

Ces prélats, au nombre de quinze, s'assemblèrent sur les trois heures après-midi dans la salle des Augustins. Après que les agents leur eurent représenté le sujet pour lequel le roi leur avait enjoint de les assembler, ils mirent sur le bureau le bref du pape dont était question, et Tund^eux le lut après que l'assemblée l'eut ordonné. Ensuite de celle lecture, M. le cardinal Antoine proposa à l'assemblée qu'elle délibérât sur ce bref, et pour faciliter la délibération, il leur proposa un moyen qu'il jugeait être très propre pour assoupir tous les différends et redonner la paix à l'Église, qui était de se contenter de la formule dont la Faculté de Louvaio s'était servie lorsqu'elle avait reçu la dernière constitution du pape ; que cette formule portait tout ce que l'assemblée pouvait désirer, et qu'elle s'accommodait avec la conscience de ceux qui avaient refusé jusqu'à ce temps-là de souscrire le formulaire proposé par les deux assemblées générales des années 1655 et 1160, et par l'assemblée tenue dans le Louvre en présence de M. le cardinal Mazarin en 1654. Que le pape ayant agréé cette formule de Louvain, et tout le monde s'y accommodant, il y avait lieu d'espérer de revoir la paix dans l'Église. Qu'il avait reçu des lettres de M. le cardinal François Barberin, son frère, par lesquelles il l'assurait que si les évéques voulaient se servir de cette formule le pape s'en contenterait. H lut même ces lettres pour confirmer l'ouverture qu'il faisait et les assurances qu'il donnait. Il les exhorta d'accepter cette formule et de la proposer dans leurs diocèses, puisqu'elle devait être un moyen assuré pour rétablir la paix dans l'Église. M. l'archevêque de Rouen, premier opinant, remontra que ce moyen dont M. le cardinal Antoine venait de faire l'ouverture n'était pas suffisant pour contenter Sa Sainteté, puisque son bref était d'une date postérieure à la lettre de M. le cardinal Barberin; qu'il remettait à la sagesse des évêques de choisir les moyens qu'ils jugeraient à propos pour achever l'affaire des constitutions et réduire les jansénistes dans l'ordre, et qu'en cela le pape s'en reposait entièrement sur la prudence des évêques. Qu'ayant examiné la formule de Louvain, lui qui opinait, il ne la

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