LIVRE XXXIV
réussir les desseins pernicieux qu'ils ont toujours eus contre la vraie foi et contre l'Elat, faisant entendre que lesdits docteurs ont été nourris dans des maximes contre le service du roi, qu'ils ont été cause des choses qui se sont passées dans ladite Faculté ; qu'ils surpassent en nombre les docteurs séculiers, qu'ils font feinte de se retirer de Paris quand ils sont docteurs; et que la Cour de Parlement a donné des arrêts qui les en retranchent et n'en a point donné qui les maintiennent, ce qui est évidemment contre la vérité, parce qu'il ne s'est jamais trouvé aucune rencontre où ils n'aient fait voir qu'ils sont les plus ardents défenseurs des intérêts de l'État, et les plus inviolablement attachés à ceux du roi, comme il se voit dans les chartes du temps de Philippe le Bel, de Charles VI, de Louis XH, et de fraîche mémoire dans les derniers troubles des années 16i8 et 1649, ainsi que Votre Majesté le sait par sa propre expérience.
Que ce n'est point eux qui ont donné sujet aux choses qui se sont passées en ladite Faculté, parceque l'on n'a repris aucune des propositions de leurs thèses, et qu'ils ont censuré les suspectes. Qu'ils ne font pas la sixième partie des docteurs séculiers. Que sauf correction, il n'est pas vrai qu'ils fassent serment de se retirer hors de Paris lorsqu'ils ont pris le bonnet de docteurs, ce serment n'ayant été ordonné autrefois que pour deux docteurs cordeliers qui étaient au-dessus de leur nombre ordinaire, et qu'en un mot la Cour de Parlement n'a jamais donné arrêt contre lesdits docteurs que sollicitée par les factieux contre l'État, comme il se justifie par les arrêts que le roi a donnés par son Conseil d'en haut contraires pour les maintenir; mais que plutôt bien éclairée de l'importance qu'il y a que tous aient suffrage, elle les a maintenus par arrêt contradictoire rendu après trois audiences l'année 1655, qu'il fut question de la censure de l'hérésie des Jansénistes. »
Cette requête, pleine de faussetés, fut un coup tiré en l'air, et la chose ayant été traitée dans le plus secret conseil du roi avec tant de poids et de mesure, il ne restait aux réguliers que Texécution de ses ordres si sages et si absolus.
Le P. Nicolaï ue remporta aussi que beaucoup de confusion des harangues qu'il fit au roi et à la reine.
Mais on ne laissait pas d'être surpris dans le monde de deux délibérations aussi contraires que l'étaient celle du l«f d'octobre dans la Faculté et celle du 2 dans les Augustins. La nouvelle de cette seconde s'étant répandue dans toute la ville, MM. de La Lane et Girard reçurent des avis de toutes parts de pourvoir à leur sûreté après une procédure si surprenante et si irrégulière. Car outre que M. de
526 MÉMOIRES DE GODEPROl HERMANT
Commioges ne les avait engagés dans la uégocialion qu'après leur avoir donné parole qu'il ne se parlerait point du tout de la signature du formulaire, leur déclaration, dont ce prélat s'était chargé, était un acte secret Tait uniquement pour élre présenté au roi, et non à une assemblée d'évéques qui n'avaient nul pouvoir ni nulle juridiction sur eux. Et en effet ils eussent pris d'autres mesures s'ils eussent été avertis qu'il dût être exposé aux yeux et au jugement d'une assemblée du clergé de France. Cependant la seule personne de M. Comminges était capable de les mettre à couvert, et devait porter ses confrères à ne rien faire contre un acte dressé par son aveu, et dont il avait bien voulu se charger pour le présenter au roi. Mais la passion qui conduisait toute cette affaire fit que, sans avoir égard à la personne d'un évèque des plus célèbres du royaume, illustre par sa doctrine et par son mérite personnel aussi bien que par sa naissance, et sans considérer l'injustice d'un procédé si nouveau, on se porta dans l'assemblée à leur faire cette injure, en les flétrissant nommément par la seule considération du P. Annat et de sa société.
M. Girard, accablé d'un si grand chagrin et de la faiblesse naturelle de son corps, était alors malade à l'extrémité, de sorte que tout le poids de la défense de l'Église retomba pour lors sur M. l'abbé de La Lane, M. Arnauld refusant de prendre part à une affaire si ruineuse, qui avait été conclue sanssaparticipation,et M. Nicole ne voulant pointabandonner M. Arnauld qu'il avait suivi dans sa retraite. Ce fut en cette occasion q ue cet abbé de Valcroissant publia la Relationde leur conférence, mais mutilée et en la manière que M. d'Andilly l'avait laissée quand il en avait fait suspendre la publication, de peur de blesser M. de Comminges et M. deSaint- Cyran, qui persistait toujours de laisser passer l'orage sans se plaindre et sans rien écrire. Mais quoique quelques amis particuliers de cetabbé craignissent que cette Relation ne servît qu'à exciter une nouvelle tempête, elle fît ouvrir les yeux aux plus honnêtes gens de Paris, qui témoignèrent de l'indignation contre la fourberie des Jésuites et l'injustice des évêques de l'assemblée, dévoués à toutes les passions du P. Annat.
Ces reproches si publics étant venus jusqu'à M. de Toulouse, il témoigna à une de ses proches parentes, dans une