‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 344 sur 455 · LIVRE XXXIV · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIV

ces grands pasteurs de son Église. Mais que dans l'affaire dont il s'agissait il n'en était pas de même, puisque le pape et les évêques ne proposaient qu'un fait nouveau non révélé, et dont on ne parlait dans l'Église que depuis vingtdeux ans ou environ, et voulaient obliger les fidèles à la condamnation d'un innocent, ce qui était contre la loi de Dieu. De sorte qu'en refusant Tune et l'autre de ces deux choses pour ce qui concernait purement le fait, ils rendaient d'une part l'obéissance qu'ils devaient à Dieu, et refusaient de la rendre aux hommes en un point sur lequel ils n'avaient point de droit de l'exiger d'eux, ne la demandant que sur ce qui était contraire à la loi de Dieu, qui limitait toute puissance sur la terre, quelle qu'elle pût être.

M. de Toulouse répliqua que par cette réponse il n'y avait plus de supérieurs dans l'Église qui ne fussent exposés à dépendre du jugement et de la fantaisie des particuliers, ce qui était contraire au droit des supérieurs et à leur autorité, et ne tendait qu'à détruire toute discipline et toute subordination dans l'Église. Sur quoi M. de La Lane ne lui répondit autre chose, sinon que les supérieurs devaient toujours être justes dans leurs ordonnances, et qu'il était permis aux inférieurs de s'y opposer sans être injustes, puisqu'il y avait une loi supérieure à laquelle ils étaient obligés de rapporter les uns leurs commandements et les autres leur obéissance, et que ces derniers, en rapportant leur obéissance à la loi de Dieu, ne faisaient que leur devoir, puisqu'étant des hommes créés de Dieu et rachetés du sangdeJ.-C, ils étaient obligés de faire toutes leurs actions comme des hommes chrétiens, c'est-à-dire avec connaissance et par rapport à la loi de Dieu et aux règles de l'Évangile. Que les supérieurs établis parJ.-C. dans l'Église étaient obligés d'instruire les fidèles et de leur éclaircir toutes les difficultés qu'ils avaient sur les points qui regardaient la foi. Qu'en cette rencontre, ils ne demandaient autre chose, sinon qu'il plût au pape et aux évêques de les instruire.

M. de Toulouse s'arrêta toujours à la décision du pape reçue par tous les évêques, telle qu'était celle qui concernait la doctrine de Jansénius, et que comme tous les fidèles acquiesçaient aux décisions des conciles sans leur demander de raisons, à peine de passer pour hérétiques, il fallait

rendre la même soumission aux deux constitutions, puisqu'elles avaient été reçues dans TÉglise.

M. de La Lane lui expliqua la différence qu'il y avait entre les conciles et les deux constitutions; que dans les conciles, on discutait et on examinait par l'Ecriture et par la tradition les points qui étaient à décider^ et que dans les décisions mêmes on instruisait les fidèles, comme il se voyait dans le dernier concile général, mais que dans les constitutions et dans les assemblées des évoques, on n'avait pas suivi cette méthode, et que Ton s*élait [contenté] de condamner sans discuter et sans enseigner. Et comme M. de Toulouse lui eut ajouté que c^était au pape et aux évéques à juger s'il fallait user de cette méthode ou non, et que s'ils manquaient en ce point en ne s'en servant pas, ils en répondraient à Dieu ; mais que cependant il fallait obéir^ cet abbé continua k lui expliquer que cela ne suffisait pas pour sauver la conscience des particuliers, qui en leur rendant obéissance en ce point se rendaient coupables de la même faute qu'Us commettaient eux-mêmes, quoique celle des évéques qui tenaient cette conduite fût plus grande que la leur.

M. de Saint-Papoul parlait aussi quelquefois, et disait que c'était assez que le pape eût parlé et que les évéques eussent reçu la décision ; il prétendait qu'après cela c'était aux particuliers à se soumettre sans demander de raison, parce qu'ils devaient [accepter] par humilité tout ce qui leur était proposé par leurs supérieurs, qui leur représentaient J.-C. dans l'Église, auquel il n'était pas permis de demander de raison.

M. de La Lane ne repartait autre chose, sinon que ce n'était pas là l'usage de l'Église; il soutenait que les particuliers avaient toujours droit d'examiner ce qui leur était proposé par leurs supérieurs; que c'était un droit établi par l'Évangile ; que si cela n'était pas, tous les fidèles avaient droit de se soumettre aux papes et aux évéques qui ont proposé des erreurs dans l'Église comme une doctrine catholique et conforme aux règles de la tradition, ce que sans doute les prélats de notre temps n'avaient pas dessein d'introduire dans l'Église, leur vue ne devant être que de faire régner la vérité, et non d'établir l'erreur. Qu'enfin il n'y avait rien de décidé dans Tafi'aire des cinq propositions, que

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