‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 361 sur 455 · LIVRE xxxiv · texte numérisé non relu

LIVRE xxxiv

sacrement, ainsi nommait-on ce bref. MM. les ministres en parlaient plus ouvertement, et disaient que le roi était résolu de les pousser à bout en donnant une déclaration contre eux. Ceux qui veulent pénétrer dans le fond des choses et qui cherchent souvent des raisons où il n*y en a point, ou qui en allèguent quelques-unes auxquelles on n'a jamais songé, disaient que cette résolution que le roi avait prise de les exterminer venait de ce que Sa Majesté était persuadée que c'étaient eux qui composaient les factums de M. Fouquet, parce qu'ils étaient trop bien faits pour venir de ce surintendant disgracié, et qu'il était impossible que d'autres y eussent mis la main que ceux de Port-Royal *. Et quoique cette raison n'eût ni fondement réel ni apparence, le style et la manière d'exposer les preuves de M. Fouquet et de réfuter tout ce qu'on alléguait contre lui n'ayant nul rapport avec la manière d'écrire de Port- Koyal, quand même leurs intérêts n'auraient point été entièrement opposés^ on soutenait que les ennemis de Port Royal avaient donné cette impression au roi en assurant qu'il n'y avait que les personnes unies avec ce monastère qui pouvaient écrire de la sorte, et qu*il y en avait parmi eux de très instruits dans les affaires des finances pour démêler les mémoires que M. Fouquet dressait luimême. Ils appuyaient leur raisonnement sur la doctrine des principaux casuistes de ces Pères, qui enseignent qu'on peut accuser injustement, qu'on peut calomnier, qu*on peut exterminer en conscience ceux que l'on tient pour ses ennemis, pourvu que Ton se cache si bien que cela ne cause aucun scandale, ce qui n'était pas difficile d'éviter en cette rencontre.

Les autres attribuaient cette disposition de la cour envers les disciples de saint Augustin à la recommandation particulière que le cardinal Mazarin avait faite au roi ne ne point épargner les jansénistes et de ne leur faire aucun quartier.

Les autres disaient, comme ou a remarqué ci-dessus, que Sa Majesté voulait faire voir à toute la chrétienté que le démêlé qu'il avait avec le pape ne l'empêchaitpas d'avoir tout le zèle qu'il devait avoir pour la religion, et que la

1. On sait que ce» beaux facluma sont l'ouvrage de Pellisson.

ruine de ce qu'on nommait jansénisme lui était une occasion favorable pour se signaler.

EnGn quelques autres prétendaient qu'il ne fallait pas chercher d'autre raison de cette conduite que la souveraine puissance, qui se met au-dessus de la raison quand des intérêts secrets y sont mêlés dont elle ne doit rendre de compte à personne.

Les Jésuites, qui tâchaient de profiter d'une conjoncture si favorable à leurs intérêts, ne négligeaient rien pour affaiblir les évêques de Languedoc et pour réduire les disciples de saint Augustin à se voir sans protecteurs. [M. le Prince de Conti était alors à Paris et poursuivait [un arrêt du Conseil du roi en faveur de M. d'Alet, qui portât défenses au Parlement de Toulouse de connaître du différend d*un prêtre du diocèse d'Alet, qui demandait son renvoi devant roffîcial d'Alet, son juge naturel. Les Jésuites excitèrent M. le Prince de vouloir s'employer lui-même auprès de M. d'Alet pour l'exhorter de se conformer aux autres évêques en acceptant le formulaire et le faisant souscrire dans son diocèse. Tous les dévots de Paris se joignirent aux Jésuites dans cette sollicitation auprès de M. le Prince de Conti et de tous les autres principaux amis de ce prélat, et ils eurent même assez de crédit pour faire balancer cet arrêt, et pour en faire remettre l'exécution, afin qu'il sentit mieux cette grâce. M. Féret, curé de Saint- Nicolas du Chardonnet, qui était considéré dans Paris comme celui en qui M. d'Alet avait une principale confiance, l'abbé de Prières et quelques, autres qui prévoyaient une tempête toute prête à fondre sur la tête de ce prélat, ne se contentèrent pas de lui en écrire; mais ils dressèrent même un projet de mandement sur lequel il pouvait se régler, et firent en même temps comprendre aux Jésuites qu'ils s'en devaient contenter, parce qu'ils ne gagneraient jamais cet évêque s'ils prétendaient le faire tourmenter sur le formulaire de l'Assemblée, après s'en être expliqué comme il avait fait.

Cependant M. de Comminges et ces autres préfats du Languedoc, qui tâchaient à faire quelque chose qui piH satisfaire le pape et le roi tout ensemble sans la participalion des Jésuites et sans qu'ils le pussent traverser, écrivirent à M. l'archevêque de Paris pour lui demander son

Page 1