‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 366 sur 455 · LIVRE XXXIV · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIV

commission ils avaient d'exercer contre lui une si grande violence, à peine lui donnèrent-ils le loisir de lui faire voir cette commission, par la lecture de laquelle il reconnut que c'était en vertu d'un arrêt du Conseil de Sa Majesté, donné en 1661, qu'ils Tarrêtaient prisonnier. Et quoiqu'il répartît qu'il avait appelé à Rome de tout ce qui s'était fait contre lui avant la date de cet arrêt, et que depuis il avait fait tout ce qui avait été en lui pour avoir des juges ad fartes, et que le seul crédit de M. l'archevêque de Rouen auprès des officiers de Sa Sainteté avait empêciié jusqu'alors qu'il n*eût obtenu l'effet de sa requête sur son appel, il lui fallut céder à la force ; ce qu'il fit très paisiblement, et se laissa enlever comme un criminel dont on aurait eu raison de redouter la révolte. Ces officiers et ces soldats l'emmenèrent avec beaucoup d'excès et d'insolence, et firent un si grand bruit qu'ils excitèrent quelques-uns des paroissiens de ce curé à crier sur eux, et à sonner le tocsin; ce qui ayant mis toute la paroisse et tous les lieux voisins en rumeur, plusieurs habitants se jetèrent sur ces satellites, et firent tout ce qu'ils purent pour les empêcher d'enlever celui qu'ils révéraient comme leur père. Quelques gentilshommes de ses voisins, qui étaient de ses amis, s'assemblèrent pour dissiper cette milice. Mais ces voies de fait n'étant nullement du goût de celui qu'on enlevait, et qui savait que l'Église n'a point d'autres armes pour se défendre que celles de la douceur, de l'obéissance et de la justice, il les conjura de ne point s'opposer à la violence que l'on exerçait sur lui, de retenir ses paroissiens et d'empêcher ce désordre. Ils se rendirent à ses raisons et apaisèrent les plus échauffés de ses paroissiens. Il n'y eut qu'un accident fâcheux, qu'ils ne purent prévoir ni empêcher. Car s'étant imaginé que celui qui avait commandé ces satellites n'aurait pas manqué de demeurer dans le gros avec eux et de les accompagner avec sa proie, ils furent surpris d'apprendre qu'il était descendu dans le cabaret, où il contestait pour se faire rendre ses pistolets que l'on avai4 détournés; que cet archidiacre les redemandait avec beaucoup d'empire et de chaleur, se servant même de termes qui eussent été criminels dans la bouche du moindre des fidèles mais qui étaient doublement énormes dans la bouche d'un prêtre, d'un archidiacre et d'un docteur qui venait VI 36

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exercer la fonction d*un brigadier d'archers, de sergents et de recors contre un autre prêtre qu'ils honoraient comme un prêtre d'une probité très rare et d'une piété exemplaire. Ceux de ses paroissiens qui s'étaient arrêtés à ce tumulte se jetèrent sur M. Magnet, et comme ils n'étaient armés que de bâtons et de leurs mains, ils lui firent ressentir leurs coups, et le blessèrent si outrageusement que sans l'entremise de l'un de ces gentilhommes, il eût été en grand danger de le laisser sur la place.

Cependant on enlevait le curé au travei^s des pierres, des haies et des buissons, et on n^épargnait pas les coups de fouet et de bàtun pour h&ter la course et le mouvement du méchant cheval sur lequel on l'avait monté pour le conduire à Mantes, où il fut mis dans un bateau; et les insultes se mêlaient à la violence pour rendre cette capture plus fameuse. Tout cela favorisait extrêmement le dessein de M. l'archevêque de Rouen, et le bruit s'en étant répandu de toutes parts, on ne manqua pas de dire au roi et à la cour que les jansénistes étaient des séditieux et des rebelles aux ordres de Sa Majesté, et aux arrêts de son Conseil ; qu'ils formaient des partis, et assemblaient des troupes de révoltés pour en empêcher l'exécution. On ne manqua pas d'exagérer cette action à Sa Majesté comme un attentat contre son autorité royale et une rébellion formelle dans son État. On lui déguisa le fond et les principales circonstances de cette affaire, en supprimant tout ce qui pouvait servir à la justification du curé; et ces artifices réussirent si bien à ses ennemis que le roi avait déjà formé la résolution de le faire transférer dans la Bastille. Mais Dieu, qui est le protecteur des innocents, changea son cœur et le porta à le laisser entre les mains de son juge ordinaire.

Les évéques, les Jésuites et tous leurs partisans ne laissèrent pas de pousser leur dessein en se servant de cette prétendue rébellion pour représenter à Sa Majesté que la déclaration était une chose plus nécessaire qu'on ne pensait. La reine-mère, surprise par leurs discours qu'elle croyait véritables sans pénétrer dans leurs artifices, témoigna à quelques personnes qu'il fallait faire un exemple de ce curé, pour apprendre aux autres à obéir et à ne point exciter de séditions dans le royaume, de peur de tomber dans les mêmes inconvénients, et de voir encore les mêmes

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