‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 367 sur 455 · LIVRE xxxiy · texte numérisé non relu

LIVRE xxxiy

troubles que les Calvinistes y avaient excités autrefois. Le roi, s'explîquant sur la déclaration, dit qu'il la voulait porter lui-même au Parlement pour k faire vérifier en sa présence, et que si les officiers de cette cour avaient la hardiesse d*y faire des difficultés, il l'interdirait ; qu'il ne voulait plus souffrir davantage les jansénistes, mais que son intention était, ou de les réduire dans l'obéissance, ou de les faire sortir de ses États. Toute la cour redoubla au même temps ses déclamations contre eux, et on y parlait de leur entière ruine comme d'une chose tout arrêtée.

Cependant M. Tarchevéque de Rouen faisait garder si soigneusement M. Richard qu'il ne voyait le jour que par le tuyau de la cheminée de la chambre où on le tenait resserré, et quoique les travaux que ce curé avait soutenus depuis plusieurs années pour le service de l'Église et pour le salut des âmes l'eussent tellement affaibli que sa santé en était toute languissante, il ne laissa pas de le faire traiter avec la même rigueur que s'il eût été coupable des crimes les plus énormes, il empêcha, par un ordre exprès, tous ses amis de lui parler, et si son frère, qui était docteur en médecine de la Faculté de Paris, obtint de lui la permission de le voir pour sa santé, ce ne fut qu'après la parole qu'on avait donnée à ce prélat qu'il ferait tous ses efforts pour porter le prisonnier à signer le formulaire. On appesantissait tous les jours son joug au lieu de le soulager, et on cherchait incessamment de nouveaux prétextes pour le tenir plus serré. Un jour, des gens d'honneur touchés de compassion de l'état déplorable où ce curé était réduit, et persuadés d'ailleurs de la justice de sa cause, allèrent trouver ce prélat en son château de Gaillon, et le conjurèrent de s'adoucir et de relâcher quelque chose de la dureté avec laquelle on traitait un prêtre accablé de tant de fâcheuses infirmités corporelles qu'il y avait déjà plus de deux ans qu'il n'attendait que la mort; mais bien loin d'obtenir de lui ce qu'ils demandaient, il les railla cruellement, et les renvoyant, leur dit pour leur faire insulte: « Tous les frères sont en rumeur. » Ces sarcasmes si inhumains étaient devenus son style ordinaire, et il ne cessait point de prendre sujet en toutes rencontres de traiter les disciples Me saint Augustin de sots, puisqu'ils pouvaient aisément'se mettre à couvert, par une signature, de tous les

maux qu*on leur faisait^ et atleadre un meilleur temps pour relever la cause de leur patriarche (il donnait ce nom à M. d Ypres), comme. on avait autrefois relevé dans l'Eglise celle de Théodorel et d'Honorius. Ce raisonnement, qui lui était commun avec quelques autres prélats ses confrères, eût été fort Juste si on pouvait impunément se jouer de la vérité, qui est Dieu même, et ne pas craindre les menaces de J.-C, qui couvrira de confusion au jour de son jugement ceux qui auront été assez lâches pour rougir pendant leur vie de la vérité de ses paroles.

M. Richard, se voyant ainsi traité contre toutes les formes de la justice, et sachant qu'un prêtre est obligé de se justifier et de rompre le silence quand on Taccuse d'hérésie, qui est le seul point où les saints Pères veulent que la patience n'est (ne} pas de saison, trouva moyen, par l'entremise de ses amis, de faire voirToutrage que sou iïrait l'Église en sa personne, et de montrer comment il avait pleinement satisfait à son devoir lorsque M. de Rouen avait exigé de lui des marques de son obéissance. Pour cet cIIlU il Ht publier une déclaration de sa foi, telle qu'il l'avuit déjà donnée lorsqu'il était en liberté, et on la fit imprimer pour la distribuer partout. Cet acte était conçu en des termes si significatifs et si clairs que les plus passionnés contre lui n'y purent trouver à redire quand ils l'eurent lu, de sorle même que les amis de M. de Rouen blâmèrent publiquement son procédé. Le P. Rapin, jésuite, en parla comme d'une chose illégitime *. Mais quoique cet imprimé piquât ce prélat jusqu'au vif, parce qu'il lui ôtait le moyen de faire passer pour hérétique un prêtre qui n'avait nulle erreur et refusait seulement de croire des faits d'une créance intérieure; néanmoins, comme il se conduisait par d'autres motifs que par ceux de la justice et de la raison, il ne laissa pas, pour le faire tourmenter, d'exiger de lui qu'il renonçât à son appel, et qu'il révoquât tout ce qu'il avait fait lorsque le grand-vicaire du vicariat de Pontoise exécuterait son ordonnance pour faire signer le formulaire de l'assemblée de 1660. Mais M. Richard, ne croyant pas que cela lui fût permis en conscience, répondit qu'il ne pouvait pas renoncer â son appel qu'en se rendant criminel, ce qu'il ne pouvait sans

i. Dans ses Mémoires^ le P. Rapia ne dit rien de cette affaire.

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