LIVRE XXXIV
naires et postulantes de sortir du monastère; mais qu'elle avait été touchée dans ce moment de délicatesse de conscience, et que son procédé, toujours éloigné de déguisement, l'avait engagée h consulter sur cela M. Chartoji, grand pénitencier. Que M. son frère le lui avait amené; que jusqu'à ce moment, elle avait été privée de cette consolation. Qu'il l'avait satisfaite sur son doute, et lui avait ordonné de satisfaire aux ordres de S. M., qu'elle avait exécutés avec soumission de cœur quand M. de Contes, grand-vicaire s'était rendu à Port Royal pour l'en faire sortir. » Et elle assurait à la fin de sa lettre que les Mères n'étaient pas croyables en ce qu'elles avaient dit de son prétendu noviciat.
Mais ces religieuses détruisaient son récit en rapportant simplement les circonstances de cette affaire. Elles avouaient que M""* de Crèvecœur n'avait jamais pris l'habit que dans une extrémité de maladie, et elles demeuraient d'accord qu'on ne le lui donna alors que pour satisfaire à sa dévotion, sans penser par là à l'engager dans le noviciat, l'essai que Ton avait fait de son esprit depuis près de trois ans qu'elle était dans le monastère n'ayant déjà que trop fait connaître qu'elle n'avait nullement les qualités nécessaires pour la vie religieuse, mais qu'elle en avait beaucoup de propres à exercer la charité et la patience de la maison où l'on s'était engagé à la garder comme bienfaitrice. On avouait encore qu'elle avait été plusieurs années depuis cette prétendue prise d'habit sans vouloir qu'on sût dans le monde qu'elle se disait novice, quoiqu'en même temps elle en voulût au dedans conserver le rang et l'habit sans en faire véritablement les actions. Mais on disait qu'après avoir passé quatre on cinq ans de la sorte sans vouloir qu'on sût dans le monde qu'elle prétendît cette qualité, et sans témoigner par ses actions et par sa conduite, qui était entièrement opposée à l'esprit de la religion, qu'elle eût véritablement dessein de s'y engager, elle avait commencé tout d'un coup à s'en déclarer, en se plaignant avec des emportements étranges qu'on ne la faisait pas professe. On ajoutait qu'il s'était passé quelques mois depuis qu'elle s'était déclarée [sic) qu'elle voulait être religieuse, sans témoigner encore par ses actions qu elle eût un véritable dessein de se mettre dans la dépendance et d'entrer dans l'esprit de la religion, jusqu'à ce qu'enfin, vers le mois de septembre de l'année
1660, après toutes sortes de plaintes, elle demanda d*«ntrer dans le noviciat et de commencer une épreuve comme novice; qu'elle avait commencé ce noviciat le premier jour de Tan 1661, et qu'on n'avait reçu les premiers ordres du roi pour renvoyer les pensionnaires et les postulantes que le 23« jour de la môme année, ce qui faisait voir combien il était faux qu'on ne lui eût conseillé de se dire novice que pour éluder cet ordre, puisqu'elle se le disait plus de trois mois auparavant; mais que cet ordre Payant trouvée dans le noviciat, elle avait cru que ce temps de trouble lui était propre pour parvenir au dessein qu'elle avait de se faire admettre à la profession, à quoi elle savait que les Mères avaient une extrême répugnance; qu'elle en avait écrit aux personnes qu'elle jugeait lui pouvoir servir à vaincre cette résistance, et qu'elle demandait seulement qu'on l'assurât, et qu'on tirât les voix en remettant sa profession au temps qu'on jugerait à propos. Que toute l'année 1661 s'était passée de la sorte, pendant laquelle on avait fait la visite, qui avait duré plus de trois mois, ce qui lui donnait une liberté tout entière de dire ce qu'elle voulait à M. le doyen et à M. Bail, qu'elle avait vus même plusieurs fois en d'autres temps ; de sorte que la peine dont elle se plaignait, d'avoir vu si tard M. Cbarton, était purement imaginaire, puisqu'elle avait eu tant d'occasions de s'en décharger si elle eût voulu. Que ses instances auprès des Mères, ni ses menaces de se retirer n'ayant rien pu auprès des Mères pour la faire admettre à la profession, elle s'était avisée d'une autre intrigue, comme on l'apprit peu de temps après par les effets. Car le 22 janvier 1662, M. de Contes vint à Port- Royal, sur un ordre du roi qu'elle lui avait fait donner à la sollicitation de M. de Saint-Simon*, son frère, pour s'informer de la Mère abbesse d'où venait qu'on y retenait contre son gré une Mademoiselle de Crèvecœur, au lieu de dire Madame, parce qu'il ne la connaissait pas. Que ce changement de Mademoiselle pour Madame lui avait suffi pour soutenir que cela ne la regardait pas, et qu'elle n'avait point de part à cet ordre, comme si elle n'avait pas été plus que suffisamment marquée par le nom de Crèvecœur. Que M. le
1. Claude de Saint-SimoD, comte de Vaux, seigneur de Dannemerie (1626-1709).