‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 384 sur 455 · LIVRE XXXIV · texte numérisé non relu

LIVRE XXXIV

verbum et ratio Patris. Que la Sainte Vierge, comme TÉglise le chante dans les louanges qu'elle lui donne, a détruit elle seule par avance toutes les hérésies en mettant au monde le Fils de Dieu qui est la vérité. Que ceux d'Éphèse avaient conservé la pureté de la foi que saint Paul leur avait prêchée pendant trois ans, et qu'il leur avait recommandée dans l'épitre aux Éphésiens : unus Dominus, una fides. Qu'ainsi l'Église de Paris avait toujours conservé sa foi pure, s'étant attachée à TÉglise qui est la colonne et le firmament de la vérité, à laquelle J.-C. a promis Tinfaillibilité^ et que rÉglise est infaillible dans les décisions de foi et dans les mœurs. Que les hérétiques mêmes Tont reconnu. Sur quoi il cita Luther, Calvin et Bèze *, qui demeurent d'accord que la vérité est dans l'Église, que c'est elle qui nous la peut enseigner, qu'il faut s'en tenir à l'unité, que saint Augustin l'a dit, etc. Il rebattit et répéta la même chose pendant un gros quart d'heure, et après avoir parlé de ces hérétiques, il dit que c'était tout de même que cette fameuse [statuej de Memnon, laquelle rendait des oracles lorqu'elle était touchée des rayons du soleil, et qu'un roi de Perse voulant voir ce qui produisait l'harmonie, la fit mettre en pièces, et reconnut que chaque partie séparée rendait les mêmes oracles lorsqu'elle était frappée des rayons du soleil ; tout de même ces hérétiques, qui étaient séparés d'entre eux et de l'Église, ayant été frappés des lumières qui sortent des divines écritures, avaient rendu ce son et ce témoignage.

Pour entrer en matière après une si belle et si judicieuse comparaison, il dit qu'il ne pouvait assez s'étonner comment il y avait des gens si misérables que de résister aux décisions de l'Église. Que cela était néanmoins arrivé par des personnes, lesquelles de la grâce de J.-C. qui est notre paix en ont fait un sujet de' division « Que ne se rendentils, puisque M. Janséuius a soumis son livre à l'Église, et que son principal défenseur, lequel de ses erreurs en a fait des hérésies par son opiniâtreté, ne suit-il son exemple, puisqu'il a lui-même dit dans la seconde Apologie, ch. VII, que l'on ne devait point révoquer en doute le jugement du pape; que Saint-Cyran. lequel est l'auteur du Petrus Aurelius, a dit la même chose, et qu'ils n'ont point raison de

i. Théodore de Bèze (1519-1606).

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dire que c*est un fait; qu'ils ont reconnu eux -mômes que les propositions sont de Jansénius, puisqu'ils ont fait un livre pour montrer qu*elles y étaient, les endroits d'où elles étaient tirées, et qu'ils ont eux-mêmes les premiers écrit au pape pour lui demander un jugement, prolestant le suivre en tout. Et néanmoins, ils ne le veulent pas condamner après cela. Ils se contredisent en tout. Car ils ont écrit dans la Préface de l'Apologie des saints Pères qu'ils ne souffriraient point la condamnation de ces propositions, parce qu'elles contenaient la doctrine de M. d'Ypres; et après avoir déclaré dans leur écrit des trois colonnes qu*ils les soutenaient dans un [des] trois sens, ils ont dit depuis peu, et dans leur acte envoyé au pape, et dans leur déclaration présentée en septembre dernier, qu'ils condamnaient les cinq propositions et qu'ils ne les soutiendraient jamais, sous prétexte d'aucun sens et de quelque interprétation que ce puisse être. Et après ils disent encore dans leurs Réflexions sur la délibération de l'assemblée des évéques qu'ils ne peuvent être contraints à condamner le fait. Ils ont dit d'ailleurs dans leurs Considérations, p. 32, que c'était un crime et un attentat, et le dirai-je, une étrange folie, pour me servir de leurs termes, de douter d'un fait que le pape avait décidé, et que c'était tout de même que si on ▼oulait se pourvoir contre la sentence d'ud juge. Il dit encore qu'on avait fait un livre exprès pour montrer que les propositions sont de Jansénius, et marqué les endroits d'où elles sont tirées.

L'excès de hardiesse suppléait en lui au défaut de jugement et d'éloquence. Mais quelque ridicule qu'il se rendit dans ces sortes d'actions publiques, un de ses auditeurs ne put souffrir tant d'injures, de calomnies et d'outrages contre la vérité et des personnes très innocentes qu'il décriait devant le peuple comme des rebelles à l'Église et des hérétiques, et ce jour-U même il lui écrivit cette lettre :

« Monsieur, « L'abus que vous faites de la chaire de vérité pour y débiter vos rêveries est si insupportable à tous ceux qui ont du respect pour les choses saintes que je n'ai pu m'empêcher de vous en écrire, et de vous faire connaître que vous vous rendez méprisable à vos propres amis, qui vous

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