LIVRE XXXIV
tournent en ridicule; mais prenez-vous en à vous-même, et ne leur imputez point une chose dont vous êtes l'unique cause. 11 est permis à tout le monde de penser comme il lui platt; les particuliers n'ont point de droit de trouvera redire à votre mauvais accent, à votre pitoyable élocution et à votre ton lamentable; mais tout chrétien est obligé de vous reprendre et de vous avertir du scandale que vous causez en disant des injures au lieu de prêcher l'Évangile, et voulant vous venger par une prédication de ceux auxquels vous n'avez pu répliquer lorsqu'ils ont bien voulu se donner la peine d'examiner vos almanachs. Rentrez en vous même, monsieur xMorel, et considérez devant Dieu l'horrible excès dont vous êtes coupable,de mettre en parallèle avec les hérétiques et les ennemis déclarés de l'Église des personnes plus catholiques que vous et plus attachées à cette divine épouse de J.-C, hors laquelle il n'y a point de salut, et qui ne nous enseigne pas moins la charité que la vérité. Si vous aviez fait part de vos lectures dans une autre rencontre, Ton s'en serait diverti ; mais dans le temps de l'Avent, auquel votre ministère vous obligeant d'annoncer la parole de Dieu aux fidèles, vous devriez leur prêcher la paix et la charité, et leur en donner l'exemple, vous vous emportez à des invectives scandaleuses ; vous traitez ceux que vous n'aimez pas : d'imposteurs , de nouveaux hérétiques j de nos nouveaux frères errants^ de gens qui des erreurs de leur maître en ont fait des hérésies par leur opiniâtreté ^ de personnes qui renversent le fondement de la foi, que Von doit considérer comme des païens et des publicains, et autres choses semblables. Est-ce là imiter le saint précurseur du Sauveur du monde, dont vous devriez imiter les exhortations et les remontrances, pour apprendre aux chrétiens ce qu'ils doivent faire pour se préparer comme il faut à célébrer la naissance de notre Sauveur? Je ne prétends pas vous faire remarquer tous vos excès; je vous en représenterai seulement quelques-uns des principaux. Je ne m'arrêterai point à ces belles citations de Philostrate sur le sujet de la ville d'Éphèse, je ne vous dirai rien de votre comparaison de la statue de Memnon, quoique vous ayez avancé qu'elle rendait des oracles, ce qui ne paraît pas dans les auteurs qui en ont parlé; cela est si bas et si puéril qu'un prédicateur devrait avoir honte de le mêler dans un dis-
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cours qui doit être tout saint, tout sérieux et rempli de peasées édifiantes et touchantes. Il y a bien des choses plus importantes à relever dans votre sermon. De quoi vous avisez-vous, monsieur Morel, de faire un discours de controverse d*un de vos sermons? Est-ce que vous voulez, comme vous l'avez dit à quelqu'un, parcourir tous les traités de théologie pour vous acquitter plus exactement du devoir de votre charge? Je crois que messieurs de Notre-Dame vous en dispenseraient aisément, et qu*ils n'attendent pas d'une personne comme vous de lui voir réduire en un discours d'une heure un traité de théologie. Mais venons un peu au détail. Je demeure d'accord avec vous de ce que vous avez avancé de rinfaillibiiité de l'Église dans ses décisions de foi. Vous pouviez lire ce que M. Jansénius en a écrit contre les ministres de Bois-le-Duc, et vous y auriez trouvé de quoi remplir et plus agréablement et plus doctement votre discours. Mais que voulez-vous dire, que l'Église est infaillible dans ses mœurs? Vous avez peut-être voulu dire qu'elle est infaillible dans les décisions qu'elle fait touchant le règlement des mœurs ; qu'elle est infaillible dans la règle, mais qu'elle ne l'est pas dans l'application de cette même règle. Ainsi je vous excuse sur cela, quoiqu'il ne faille pas se mêler de parler contre les hérétiques et avancer en même temps des choses qu'ils peuvent contester. Après avoir parlé assez longtemps contre eux, et avoir rebattu et répété cent fois la même chose, qui était suffisamment prouvée par les passages de l'Écriture que vous aviez cités dès l'entrée de votre discours, vous êtes venu à parler de ces Messieurs, lesquels, dites-vous, troublent VEglise^ et lesquels^ de la grâce de J,-C, gui est notre paix en ont fait un sujet de division. L'on vous pourrait dire avec bien de la raison ce qu'un prophète disait autrefois à un méchant roi : JS'on ego^ sed tu gui conturbas domum Israël. Et en effet, n'est-ce-pas vous et vos semblables qui mettez le trouble et le désordre dans l'Église, en refusant à des théologiens très pieux et très habiles l'éclaircissement de leurs doutes, en portant MM. les évêques avec les Jésuites, vos bons amis et dont vous êtes un émissaire, à ne point répondre à leurs confrères qui les interrogent dans l'ordre et selon la discipline de l'Église ? Mais c'est bien plus tôt fait de parler de l'Église, de ses décisions et de son infaillibilité dans les matières de foi^ car