LIVRE xxxiv
que vous m'avez fait rhonnenr de me donner ; je m'en suis servi pour en écrire^ un homme qui est très puissant, auprès duquel j'ai un accès particulier. Je lui demande par ma lettre la protection de mon innocence ; je ne sais ce qui en réussira. Mais, monsieur, je m'estimerais heureux que Ton m'eût dépouillé de toutes choses, et que l'on m'eût fait souffrir les dernières violences pour une cause aussi juste, aussi sainte, aussi visiblement la cause de Dieu et de son Église, que Test celle que l'on persécute. Sans doute, on n'en saurait venir à l'exécution des menaces que l'on fait sans violer toutes les lois et divines et humaines, et il sera tout à fait impossible de troubler et de tourmenter personne en cette occasion avec la moindre apparence de justice et la moindre couleur d'équité. C'est pourquoi j'espère toujours de la divine miséricorde qu'elle ne permettra pas les choses si exorbitantes auxquelles on dit que l'on se prépare, et qu'enfin elle tirera sa vérité de l'oppression. Serait-il possible, monsieur, que les personnes principales et souveraines, étant pleines de saintes intentions et de piété au point qu'elles sont, ne voulussent point écouter des hommes d'autorité qui leur parleraient sans intérêt, sans passion, sans chaleur, mais de la seule abondance de leur zèle, et avec une tranquillité et une douceur d'esprit qui paraîtraient dans leur visage et dans leurs paroles ? Seraitil possible que des remontrances qui n'auraient rien que d'équitable et de saint, et qui ne se feraient qu'avec des termes que l'esprit de Dieu mettrait dans le cœur et dans la bouche, ne fussent point écoutées et ne fussent point plus puissantes, venant d'un homme désintéressé et tout à fait reconnu pour homme de bien, que ne le sont tous les artifices, tous les mensonges, toutes les calomnies qu'on met en usage pour opprimer des personnes très catholiques et très innocentes? Serait-il possible, monsieur, que des remontrances de cette sorte, qui seraient toutes semblables à celles que des saints ont faites aux grands, n'eussent point manifestement un caractèrQ de force et de vérité auquel il serait difficile de résister? Cependant, monsieur, je vous supplie très humblement, selon les occasions que voiîs en aurez, de me faire la grâce de rendre un témoignage conforme à ce que vous me faites l'honneur de m'écrire, et je suis persuadé qu'une recommandation et une protection
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comme la vôtre peuvent beaucoup à cause de Taccès et de la réputation que vous avez auprès des personnes qui peuvent tout. Je suis ici comme dans un exil volontaire où je ne me mêle de quoi que ce soit des airaires de ce monde, et où je dois être regardé comme un homme qui ne vivrait plus. De sorte que ce serait une inhumanité comme de déterrer un mort de me venir chercher jusqu'ici pour y troubler le repos que Dieu me fait la grâce de m'y donner. Quelle cruauté, monsieur, d'avoir de ces sortes de pensées I Et n'admirez- vous pas avec moi jusqu'où va i'animosité des hommes, et quels asiles elle n'est point capable de violer? Je me préparerai dans cette retraite à tout ce qu'il plaira à Dieu d'ordonner de moi, étant résolu par sa grâce de souffrir plutôt tous les maux imaginables que de rien faire contre ma conscience. Quel bonheur, monsieur, si je pouvais être dépouillé pour la cause de J.-C. de tout ce que je possède sur la terre, puisque ce me serait un moyen puissant d'être revêtu de J.-C. môme, et de posséder en lui toutes choses indépendamment de tous les hommes ! J'aurais en lui d'une manière éminente ma demeure, ma richesse, içon repos. Il demeurerait en moi comme je demeurerais en lui. Mais un misérable pécheur comme je le suis est bien indigne d'une si précieuse et si glorieuse miséricorde, et ce me sera assez d'être au rang de ceux qui vivent sans abandonner la vérité, n'ayant nullement mérité cette gloire de souffrir pour elle. En cette occurrence, monsieur, j'ai un extrême besoin du secours de vos prières; je vous le demande avec instance, m'assurant de votre charité que si vous ne jugez pas à propos et utile d'agir pour moi 'auprès des hommes pour les empêcher de me traiter injustement, au moins vous voudrez bien agir pour moi auprès de Dieu, pour m'obtenir la grâce de souffrir avec un esprit vraiment chrétien et sacerdotal toutes les injustices qu'on me pourra faire.
« Je suis d'autant plus tôt entré dans ce que vous avez pris la peine de m'écrire touchant l'affaire que nous avons avec M. l'abbé de la Piété, que, parla grâce de N. -S., j'ai toujours eu une extrême aversion aux procès, et que je me sens le cœur pénétré de ces paroles de saint Paul : Jam omnino delictum est in vobis quod judicia habetis inler vos ; guare non magis injuriant accipitis? Quare non magis fraudem