LIVRE XXXIV
patimini? Servum Dei non oportet litigare. Et de ces autres paroles de saint Jacques, Unde lites in vobisf Nonne Une ex concupiscentiis vestrisf et de ces autres paroles que M. de Genève a mises dans une de ses lettres : Litigare et non insanire vix sanctis conceditur. En plaidant, on perd du temps, du repos, de la paix, de la patience, de la charité, de saintes occupations où Ton serait au lieu de celles-là; on entre en mille procédures indignes de ce désintéressement et de ce dégagement où Ton est appelé par la profession ecclésiastique et religieuse ; tellement qu'il est certain que les pertes que l'on fait en plaidant sont incomparablement plus grandes que tous les gains qu'on peut faire par les jugements les plus heureux que l'on pourrait obtenir. Je vois dans l'histoire des ordres religieux et dans les temps de leur première ferveur et dans leur première pureté, qu'il n'y avait rien de si contraire à leur esprit et à leurs desseins que d'avoir des procès et des contestations pour les biens de la terre, et je me souviens que Jacques de Vitry * rapporte qu'il était défendu aux Chartreux, par leurs constitutions, d'appeler en justice ceux qui usurpaient quelques portions de leurs terres, de crainte qu'ils ne scandalisassent le prochain, dit cet historien, en faisant paraître trop d'attachement et trop d'application aux biens temporels. De sorte, monsieur, que si j'ai commencé et poursuivi quelque instance sur l'affaire dont il s'agit, c'a été plutôt pour m'accommoder à la disposition ou à la faiblesse de quelques personnes, qui étaient portés à m'accuser de n'avoir pas assez de soin de faire revenir les biens de l'abbaye, que par mon inclination particulière. Dans ces occasions, quand les choses sont si claires qu'il n'y a plus de lieu d'y former le moindre doute, et qu'elles sont si faciles qu'il n'y a qu'à rentrer dans les biens et à obtenir une sentence, je crois qu'il est à propos de le faire. Mais quand il y a de grandes discussions et de grandes difficultés, cela n'est pas sans doute de notre profession de nous y engager. Notre pensée a donc été, au Père prieur et à moi, ensuite de l'avis que vous nous avez fait l'honneur de nous donner, et après la visite que nous attendons de M. l'abbé de la Piété, de terminer l'affaire à l'amiable et par arbitrage. Vous nous ferez
', 1. Historiea f.-auçais du xuie siècle, mort cardinal en 1244.
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beaucoup de grâce, monsieur, en d'autres rencontres, de nous honorer de vos bons et sages avis, et je les recevrai toujours en mou particulier avec le même respect et la même déférence que le pourront faire vos religieux, étant avec une entière sincérité, etc. »
M. l'abbé de Prières, ne se contentant point de la lettre qu'il avait écrite k M. Le Roi pour l'exhorter à la signature du formulaire, lui envoya, quelques jours après, un abbé régulier de sa réforme pour l'inviter tout de nouveau de sa part à celte souscription. Mais celui qu'il voulait gagner par cette sollicitation réitérée n'en fut nullement ébranlé, et trouva à propos de mettre en mains de cette abbé la déclaration qui suit, afin qu'elle servit de réponse à la demande que M. de Prières lui faisait. Cet envoyé lui témoigna la souhaiter, et lui promit de la faire rendre à son adresse.
Déclaration envoyée à M, Vabbé de Prières,
Si l'on pouvait sagement et innocemnaent, et en tenant une conduile digne de la qualité de chrétien et de prêtre de J.-C, 1" agir contre sa propre lumière et sa propre conscience pour complaire an monde et s'exempter de quelque persécution ; 2* troubler la paix véritable et précieuse de son cœur par le prétexte d'une paix imaginaire et pernicieuse qu'on veut donner à l'Église; 3* rendre publiquemeni un faux témoignage par son propre seing pour empêcher un scandale qui ne peut venir que de l'aveuglement et de la malice, de l'ignorance et de la prévention de ceux qui se scandalisent; 4* recevoir comme un article de foi un simple fait qui n*a point été révélé de Dieu et dont on n'a jamais parlé que depuis quelques années ; B» croire que le pape et quelques évèques de France sont infaillibles comme Dieu; 6«» violer tout le bon ordre et toute la discipline de l'Église en recevant un formulaire de foi de la main des prélats qui n'ont point eu la puissance d'en faire dans leurs assemblées; 7« contribuer à ternir la mémoire d'un évèque très catholique et très vertueux par une très horrible calomnie; 8» donner lieu aux ennemis de la grâce de J.-G. de la combattre impunément et d'en traiter les dogmes les plus orthodoxes et les plus essentiels comme des nouveautés et des hérésies; 9» s'assurer que la multitude est toujours pour la bonne cause et est toujours la règle de l'équité, et que le parti favorisé par les puissances du siècle n'est pas toujours le plus nombreux et le plus suivi; 10*> et qu'enfin on peat signer comme une décision de ce que l'on croit une proposition vague et confuse, une déclaration qui ne détermine et n'explique rien, et qui ne saurait