LIVRE XXXIV
par conséquent être entendue ni par ceux qui la signent ni par ceux qui la présentent ; quand toutes ces choses pourront être justifiées par la sagesse et la loi de J.-G. et par la doctrine et la pratique de l'Église, qui sont toujours conformes à cette sagesse et à cette loi, alors je croirai que l'on peut demander avec justice la signature du formulaire. Mais cela étant dans le premier ordre des choses absolument impossibles, je soutîrirai plutôt mille Qammes que de le signer.
Écrit à Haute Fontaine, le jour de la Circoncision de N.-S. 1664.
Signé G. Le Roi, Abbé de Haute Fonlaiae.
La chose n'en demeura point là, mais M. l'abbé Le Roi se vit obligé d'écrire encore à M. de Prières le 19 du mois suivant une seconde lettre qui trouvera ici sa place, afin de réunir cette affaire en un seul corps :
« Monsieur,
« Je me figure que vous me faites la faveur de ne point douter que je n'aie tous les sentiments de reconnaissance que je dois de cette manière si obligeante et si généreuse avec laquelle vous avez eu la bonté de témoigner que vous étiez résolu de me rendre office selon les occasions qui s'en pourraient présenter. Il est impossible qu'étant éclairé comme vous Têtes, vous ne connaissiez assez la justice de la cause pour laquelle on souffre, et qu'étant d'ailleurs équitable au point que vous l'êtes, vous n'ayez une forte inclination à contribuer à la défense de cette cause, et que même cette inclination ne soit encore excitée lorsque vous considérez (assurément avec douleur) que cette cause est aussi abandonnée comme elle est juste.
« Sans doute, monsieur, vous avez assez de zèle pour ne vouloir pas tenir cette connaissance et cette équité cachées dans le fond de votre cœur, et vous avez assez de lumière pour savoir heureusement allier en cette occurrence les maximes de la sagesse chrétienne et évangélique avec les règles de la générosité religieuse et sacerdotale. Et il me semble que ce n'est point vous flatter, mais que c'est seulement vous faire justice que vous regarder comme un des hommes de France de qui l'innocence et la vérité pourraient présentement davantage recevoir de protection auprès de
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Leurs Majestés. Je me sens tellement lié à votre ordre par les dispositions de mon cœur et par Tardente affection que Dieu m'a donnée pour saint Bernard et pour ses enfants^ qu'il me parait, monsieur, que vous me ferez une grâce qui aurait quelque image de justice en me regardant de même que si j'avais le bonheur d'être un de vos religieux.
« Certainement je puis vous dire de toute l'abondance de mon cœur que je suis autant à vous et autant dévoué au service de votre ordre et de votre sainte observance qu'un ecclésiastique le saurait être. Ainsi je ne doute point que cette circonstance ne vous soit un motif particulier de vous plaire à rendre pour moi témoignage à la vérité. Vous savez, monsieur, que je suis ici absolument seul, et qu'il n'y a rien au monde de pins faux que j'y aie voulu assembler des gens et y faire quelque espèce de société. C'est un fantôme par lequel on s'est efforcé de me rendre odieux, mais qu'il me semble que vous pourrez détruire le plus aisément du monde. J'espère toujours que Dieu, protégeant le roi comme il fait et rendant son règne si florissant et si glorieux, ne permettra pas que la gloire si vive et si éclatante de ce grand prince puisse être ternie par des résolutions et des eQTets qui seraient tout à fait contraires à sa clémence, à sa justice, à sa piété, à sa générosité toute royale, et qui ne pourraient donner à ses plus passionnés et plus fidèles sujets qu'autant de douleur que la satisfaction que quelques-uns en pourraient tirer serait vaine et passagère, serait priminelle et odieuse. 11 faut recourir assidûment en cette rencontre à celui qui tient le cœur des' rois en sa main, et lui dire avec le même esprit que lui disait le Prophète : Exsurge Domine, judica causam tuam. Deus judicium tuum régi da, et justitiam tuam filio régis. Si la fermeté avec laquelle on pourrait parler faisait d'abord quelque peine et trouvait une forte résistance, on ne laisserait pas dans la suite de la regarder avec respect, et non seulement elle donnerait de la vénération à tous les gens qui ne sont point prévenus et qui considèrent les choses comme elles sont, mais elle contraindrait ceux mêmes qui dans l'abord l'auraient le plus rejetée de la révérer et de la louer, selon cette excellente parole d'un ancien, Fides in prœsentia eos quitus resistit o/fendit, deinde ab illis ipsis suspicitur laudaturque. Je me recommande très humblement à vos saintes