‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 400 sur 455 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

On sollicite un projet de formulaire pour M. d'Alet. Le roi monte au Parlement pour faire des ducs et pairs sans y porter la déclaration pour la signature. Sermon prononcé par M. Morel le quatrième dimanche de l'Avent, réfuté quelque temps après par un écrit imprimé.

On parlait si affirmativement de la déclaration pour la signature du formulaire, et de la vérification qui en devait être faite dans peu de jours, le roi séant en son lit de justice au Parlement, que les amis de M. d'Alet se mettaient fort en peine de le tirer d'embarras par un autre formulaire qu'il pût souscrire, ou par un mandement qui contînt les mêmes choses à peu près que celui du clergé de France.

Il avait de grandes affaires au Conseil pour soutenir la discipline de l'Église dans son diocèse, et M. le prince de Conti, qui l'honorait comme le directeur de sa conscience, tenait à gloire de s'en rendre le solliciteur. M. Ragot *, grand-vicaire de cet évêque, agissait de concert avec lui, et comme il avait aussi eu part à cette secrète négociation de la signature, il en écrivit ainsi à Son Altesse le 46« jour de Décembre :

« Quant à l'affaire du formulaire, j'ai vu, selon l'avis de Votre Altesse Sérénissime, ^[. l'évêque de Comminges chez M. de Pamiers, accompagné de M. de Conserans. Le résultat de cette conférence a été qu'on différerait le plus qu'on pourrait la signature de quelque formulaire que ce soit, et cependant que l'on conviendrait d'un mandement et formulaire dans lesquels on tâcherait de conserver tout le respect qu'on doit au pape, et néanmoins qu'on y exprimerait suffisamment, en termes moins odieux, la distinction du droit et du fait qu'on croit indispensable de la part des évêques, et tout à fait essentielle pour éviter toute confusion,puisqu'ils sont obligés d'éclaircir tous les doutes et difficultés que leurs inférieurs leur peuvent proposer dans une affaire aussi importante comme est celle dans laquelle on les oblige de

1. Jean Ragot, grand- vicaire d'Alet, fut exilé en 1675 à Brives, puis en Basse-Bretagne, où il vivait encore en 1695.

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protester leur foi, condamnant toutes les erreurs et hérésies contraires, comme aussi pour ne laisser aux hérétiques à l'avenir aucune occasion d*insuUer à l'Église et à sa doctrine. Et tout ce que dessus ne semble pas contraire à ce qu'il vouâ a plu remarquer dans la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire touchant l'obligation de signer un formulaire qui eût rapport aux constitutions et bref du pape, comme aussi à la soumission intérieure qu'on leur doit. Car nonobstant cela, un évêque a une spéciale obligation d^avoir la connaissance distincte de la matière du fait auquel il oblige ses inférieurs pour les raisons susdites. »

Le jour même que M. le prince de Conli reçut cette lettre, il l'envoya au P. Esprit *, de l'Oratoire. Et on apprit par ce billet le projet d'un mandement des évéques du Languedoc, qui éclata l'année suivante, mais sans aucun effet solide pour la paix présente, quoiqu'il n'ait point été inutile pour honorer la vérité. On sut aussi que ce n'était pas sans fondement que l'on croyait que M. l'évoque de Comminges, après avoir pris congé du roi, était à Paris incognito, ce qui avait été découvert par M. de Pontis, dont les Mémoires ont été publiés longtemps depuis ce temps-là*, et qui avait assuré l'avoir aperçu dans les rues.

On parlait toujours de la déclaration du roi pour la signature du formulaire, et ceux qui avaient été trompés lorsque le roi avait été au Parlement le 15 de décembre pour faire quatorze nouveaux ducs et pairs, parmi lesquels M. de Liancourt se trouva compris, quelque engagement qu'il eût dans le prétendu jansénisme, M. le duc de Roannez n'en n'ayant été exclu par Sa Majesté que pour n'avoir pas l'âge compétent, ces personnes disaient que le roi y retournerait peu de jours après pour joindre cette affaire avec la vérification de quelques nouveaux impôts. Mais l'événement fit voir le contraire; et comme il n'avait pas voulu mêler la douleur et la vexation avec la joie de la création des nouveaux ducs et pairs, il ne voulut pas aussi mêler une matière de théologie que l'on voulait faire passer pour un

1. Thomas Esprit, prêtre de l'Oratoire," mort en 1671 ; Jacques Esprit (1611-!678), sortit de l'Oratoire et fut membre de l'Académie française.

2. Us ont paru en 1676, six ans après la mort de leur auteur. Ils ont été rédigés par Thomas Du Fossé.

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