CHAPITRE III
Raisonnements de M. Arnauld aur cette proposition de paix, imprimés dans un écrit.
Voilà quels furent les préliminaires du projet de cet accommodement avant que M. de Comminges s'en fût expliqué aussi nettement qu'il fit par sa lettre du 5 de septembre. On voit d'abord la sincérité, la bonne foi et la pénétration de M. Arnauld dans la manière dont il se conduisit dès les premières propositions de cette affaire, dont il ne conçut pas de fort grandes espérances, quoique son amour pour la paix lui donnât une forte inclination d'accepter tous les moyens raisonnables et légitimes qui lui en seraient présentés sans blesser la vérité.
Il en donna encore de nouvelles marques lorsque M. d'Andilly, son frère, lui ayant fait part de cette dernière lettre, il lui répondit en ces termes le 4 du même mois de septembre :
« On ne peut rien voir de mieux écrit que la lettre de M. de Comminges, et il faut avouer qu'il mérite beaucoup de louanges pour le zèle si pur et si fervent qu'il témoigne avoir pour la paix et pour l'union de l'Église. Si toutes les personnes qui y peuvent contribuer étaient dans la même disposition, on aurait plus de sujet d'espérer de voir bientôt le calme rétabli. Mais en vérité il est difficile d'avoir cette foi quand on considère le peu d'équité que les personnes les plus intéressées dans cette affaire y ont témoigné jusqu'ici.
« Et parce que je ne puis que vous répondre en un mot dans la précipitation où on est de vous envoyer cette lettre, je vous remarquerai seulement à cette heure les principaux points qui rendent cette affaire difficile :
1. Ce mémoire a été imprimé pour la première fois dans la grande édition des Œuvres d' Arnauld (Paris, Lausanne, 1778), t. XXI, p. 631 à 639. Il porte la date du 2 septembre 1662.
« 1° 11 y a deux points sur lesquels la conscience ne permet pas qu'on se relâche : la grâce efficace et l'innocence de Jansénius. On ne voit pas ce que pourraient faire des médiateurs pour l'un et pour l'autre. Car on n'est pas résolu d'abandonner jamais la grâce efficace de J.-C. Et pour ce qui est de Jansénius, ceux qui sont persuadés qu'il n'est pas coupable des erreurs qu'on lui impute, et qui ne croient pas être obligés sur ce point de se rendre à l'autorité du pape qui l'a condamné, ne pourront pas en croire des médiateurs dont l'autorité ne sera pas si grande que celle du pape. De sorte que tout ce qu'il y aurait à faire sur ce sujet serait de bien montrer les propositions dans le livre de l'évêque d'Ypres, et leur faire voir qu'ils ont tort jusqu'ici de ne les y pas reconnaître;
« 20 On ne peut pas aussi s'en rapporter aux médiateurs pour ce qui est de parler sincèrement, et de ne point avoir autre chose dans la bouche que ce qu'on a dans le eœur;
« 3® On prend dans cette lettre pour une marque de sincérité dans ce projet d'accommodement de ce qu'on a consenti à suspendre les poursuites contre ceux qu'on appelle jansénistes. Mais c'est ce qui en fait douter, puisqu'on ne voit point Teffet de cette parole, et qu'au contraire, depuis cette négociation, on a fait des choses aussi violentes que jamais, témoin la lettre à M. d'Angers; une lettre de cachet pour faire visite à Saint-Cyran, c'est-à-dire pour détruire cette maison; et la violence qu'on a faite à M. de Beauvais touchant M. Touret, élu principal de Clermont. Tout cela fait voir que ces promesses de suspension n'ont été guère fidèlement gardées, et aussi ne donnent pas sujet de beaucoup espérer de cet accommodement;
« 4° L'exemple du différend entre Jean d'Antioche et saint Cyrille serait fort propre pour rendre la paix à l'Église, pourvu qu'on veuille considérer le livre de Jansénius comme les écrits de Théodoret contre saint Cyrille, et non pas comme ceux de Nestorius. Car comme l'accord se fit sans qu'on obligeât les évêques d'Orient de condamner les écrits de Théodoret, quoiqu'ils eussent été faits contre les écrits de saint Cyrille approuvés par le concile général d'Éphèse, ainsi l'on pourrait espérer que les choses s'accommoderaient si on voulait traiter de la même