CHAPITRE XVI
Lettres de MM. Arnauld, de La Lane et Hermaut sur le sujet de cette conférence.
Dès que cette conférence fut commencée à Paris, MM. Arnauld et de La Lane, qui considéraient avec douleur ce que l'église de Beauvais souffrait en la personne de son évêque et de quelques chanoines attachés à son service pour la défense de la vérité et de la hiérarchie, leur donnèrent avis de ce qui se traitait à Paris pour le rétablissement de la paix. Sur la fin du mois de janvier, M. de La Lane en écrivit en ces termes à M. Hermant :
« Nous voici dans une grande affaire, et vous avez raison de me mander qu'elle est pleine de grands périls. Nous aurions besoin de vos conseils et de votre lumière, et je désirerais fort, je vous assure, que vous fussiez ici. On est balancé d'un côté par Tamour de la paix et par le désir de faire cesser tant de persécutions, et de l'autre, par la crainte de rien faire qui blesse la vérité. Nous avons donné des articles de nos sentiments sur les cinq propositions où l'on ne peut rien trouver à redire ; mais il se trouvera d'autres difficultés 'plus grandes. Je ne puis bien vous en écrire le détail. »
Il lui mandait encore le 3 de février ce qui suit : « Je vis M. Arnauld le même jour que je vous avais écrit, et il se trouva qu'il vous avait mandé la même chose que moi ; qu'il désirerait fort que vous fussiez ici. Nous ne savons comment se terminera l'affaire qui se traite, mais nous pouvons dire qu'elle est de notre part en aussi bon état qu'elle puisse être, et que l'événement, quel qu'il puisse être, ne peat être qu'avantageux et à la vérité et aux personnes qui la défendent. Je vois que tout cela ne gît plus presque qu'au point d'honneur. Nos sentiments sont reconnus très orthodoxes et éloignésde toute erreur condamnée. On voit bien qu'on ne peut nous montrer dans Jansénius les cinq hérésies condamnées. On voit bien qu'on n'a point droit de nous engager à aucune créance intérieure du fait. On voit bien qu'exiger de nous un témoignage de créance
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intérieure, ce serait nous obliger à mentir. Cependant on ne peut faire que de deux choses l'une : ou se servir de termes généraux de soumission qui ne marquent pas de créance du fait, et ce serait, ce semble, renoncer à tout ce qu'on a voulu faire, ce qu'on ne peut sans en faire retomber le blâme sur tant de prélats et docteurs qui s'y sont engagés; ou l'on se servira de termes qui signifient vulgairement la créance, et nous ne les pouvons accepter.
« Je ne vois guère de remède à cela que de ne rien exiger, ne parler plus de formulaire, faire cesser de toutes parts les mauvais traitements en rétablissant Port-Royal et en vous remettant dans vos chanoinies. Voilà le sujet de la consultation présente. Je ne puis vous mander par lettre le détail des choses.
a Bénissons Dieu de ce qui s'est fait et de ce que les prières de tant de saints et de saintes qui l'implorent dans le gémissement et la tribulation ont obtenu, et le prions qu'il achève pour sa gloire ce qu'il a commencé.
« M. Girard et moi avons eu quelque entretien sur cette affaire. On ne peut pas s'en mieux acquitter que ce qu'a fait M. Girard. J'y ai fait peu de chose. »
M. Arnauld avait aussi la même inquiétude de savoir le sentiment de ses amis de Beauvais touchant les démarches que l'on avait faites dans la conférence.
Voici ce qu'il en écrivait de sa part au même M. Hermant le 5 février :
ce Je n'ai point reçu de réponse ' »
L'humilité de M. Arnauld et la sincérité de son cœur paraissent entièrement dans ce billet, et il n'en faut pas davantage pour fermer la bouche à ceux qui sans le connaître en avaient conçu l'idée d'un homme plein de Tesprit de domination sur tous les autres esprits et affermi depuis longtemps dans la résolution de les assujettir à ses sentiments.
Voici le projet dont il s'agissait alors :
Quinque propositiones ab ApostoHca Sede proscriptas ex anima damnamus; nutla cujusquam interpretationis specie nias tueri fas ducimus; damnatos in iis errores omnes et
1. Cette lettre est imprimée dans les Œuvres dC Arnauld t XXI p. 572. ) — ^ ,