‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 46 sur 455 · LIVRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI

que quelque intérêt que nous ayons à la paix autant que qui que ce soit, nous n'en voulons néanmoins qu'à de bonnes conditions, et sans trahir la vérité, ni blesser notre conscience, comme ferait une déclaration touchant le fait qui marquerait une créance intérieure, ou qui serait conçue en termes équivoques et ambigus. Et je dis la même chose d'une signature pure et simple de la dernière constitution, qui me paraît enfermer nécessairement des équivoques scandaleuses après le bruit que Ton a fait contre vous.

« Je vous prie de mettre notre conscience en liberté et de ne nous pas désunir en nous unissant avec ceux qui nous ont persécutés.

« Je souhaite fort que nous soyons tous unanimes, idipsum sentientes. Et puisque Ton est d'accord avec nous touchant le dogme, et qu'on ne nous trouve en nulle manière différents des sentiments des thomistes, que tout le monde reconnaît orthodoxes, il faut abandonner la suite de cette chicanerie touchant le fait au cours de la divine Providence.

« 11 est vrai que je vous considérerai toujours comme mes maîtres, mais je vous prierai aussi de me traiter en disciple, et de m'instruire des motifs que vous pourriez avoir si on exigeait de vous plus que vous n'avez cru jusqu'ici pouvoir accorder en conscience.

« Votre arbitre (M. de Comminges) a écrit à notre prélat qui a reçu sa lettre ce matin. Il lui mande que Taffaire a été d'abord dans la meilleure disposition du monde ; mais qu'étant retombés dans la question de fait que l'on voulait éviter, cela a fait un embarras qui pourra empêcher la conclusion d'une chose si importante. Il le mande, et avec lui les ecclésiastiques de son diocèse. Je ne sais quelle réponse il lui fera, mais il ne peut y aller, pour n'avoir point de chevaux en état de marcher, parce qu'il en a acheté depuis six jours un attelage composé de six qui ne pourront servir qu'après Pâques.

« Ce médiateur parle de venir ici si M. de Beauvais ne peut aller à Paris. Nous aurions la consolation de le voir. »

M. Arnauld reçut avec joie ces deux lettres de M. Herma nt et il le lui témoigna par deux billets.

Voici celui du 10 de février :

66 MÉMOIRES DE GODEFROT HERMANt

<c Je viens de recevoir votre lettre du 9....* »

Voici ce qu'il lui mandait encore par un autre billet daté du 11 février au soir :

« J'ai reçu deux de vos lettres sur le même sujet de la grande affaire....* ».

Ce jour là même, 11 février, M. Hermant répondit ainsi à une de ses lettres précédentes :

« Ce que vous me mandez marque bien de la mauvaise foi de la part de ceux que l'on croyait avoir agi sincèrement. Il faut laisser cet événement entre les mains de Dieu, et ne pas donner de rétractation que quand on aura été convaincu d'erreur. Autrement ce serait déshonorer la vérité et trahir sa conscience. Nous aimons mieux la suite de la persécution qu'une paix si ruineuse. C'est le sentiment de M. Haslé.

« Nous sommes aussi du vôtre touchant votre cas, et notre prélat, à qui j'en ai parlé aussi bien qu'à M. Haslé, m'a allégué pour vous cette maxime de droit : Melior est semper conditio prohihentis.

« C'est assez d'avoir employé tous les moyens justes et licites, et je voudrais condamner comme mauvais tous les douteux, l'Église n'ayant pas besoin de notre péché pour rétablissement de sa paix, qu'il ne faut pas acheter aux dépens de notre conscience : Non enim faciamus mala ut eveniant bona, »

11 s'est trouvé un fragment écrit de la main de M. Nicole, sur le cas que M. Arnauld proposait à M. Hermant, qu'il ne sera pas inutile de faire entrer en ce lieu, parce qu'il est capable d'éclaircir les doutes que des personnes qui ont l'amour de la sincérité dans le cœur peuvent former en de pareilles occasions :

EXAMEN d'une QUESTION DE MORALE.

SHl est permis pour apaiser les troubles présents de L" Église de se servir d'une signature que l'on juge douteuse.

tt Le principe que l'on établit pour la décider est. ..s ». Voilà ce que M. Nicole écrivait sur cette matière, et l'on voyait de plus en plus le progrès delà politique des Jésuites,

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