LIVRE XXXI
sorte de livre de Jansénius en n'obligeant personne de le condamner.
« Que si au contraire on voulait considérer Jansénius comme Nestorius, et prétendre que comme Nestorius fut condamné par les deux partis, Jansénius le doive être aussi par tout le monde, c'est à quoi ne se résoudront jamais ceux qui le croient innocent, n'y ayant point de puissance sur la terre qui les puisse engager à porter un faux témoignage contre un évéque très pieux et qu'ils jugent en leur conscience avoir été entièrement innocent des hérésies qu'on lui attribue. Voilà tout ce que je vous puis dire présentement dans une étrange confusion; et ainsi ne prenez, s'il vous plaît, tout cela que comme une matière très informe.
« Je crois que présentement il ne s'agit que d'écrire très obligeamment à M. de Comminges; il n'y a personne au monde qui puisse faire cela mieux que vous; et qu'il sera bon du reste d'attendre quelle réponse il fera sur le mémoire avant que s'expliquer davantage. »
Ce jour-là même, 21 septembre, M. d'Andilly ayant reçu une nouvelle lettre, datée du 12, de M. de Comminges qui s'échauffait de plus en plus pour ce traité de paix, employa entre autres choses les paroles suivantes pour lui répondre :
« Je ne saurais douter que vous n'ayez reçu mes lettres, puisque vous m'en avez marqué le point principal qui est, qu'à la conscience et l'honneur près, il n'y a rien qu'on ne veuille faire pour procurer le repos aux parties. Mais comment pourrait-on leur être fidèle si on était infidèle à soimême en trahissant sa conscience?
« La brouillerie arrivée entre les deux présidents pourra selon toutes les apparences avec beaucoup de raison porter les parties de M. Arnauld à désirer beaucoup l'accommodement, et par conséquent le faciliter, parce que dans la disposition où je le vois, il est fort éloigné de vouloir se servir de cette conjoncture pour s'en rendre plus difficile. >
M. d'Andilly lui répéta encore la même chose dans une autre lettre du lendemain 22, où il lui écrivait ainsi en parlant d'une des siennes qu'il venait de recevoir :
<r Permettez-moi, s'il vous plaît, de vous dire, sans off'enser votre modestie, que je n'ai rien vu de ma vie de plus beau et de plus touchant. Que si chacun avait la même intention, l'affaire serait bientôt terminée, puisque vous êtes
incapable de vouloir que des choses justes et raisonnables, et que je vous puis assurer très hardiment que mes amis les veulent de tout leur coeur, et qu'il est impossible de plus souhaiter une bonne et véritable paix qu'ils la souhaitent. « Mais, pour être bonne et véritable, comme je vous l'ai toujours mandé, il faut que leur conscience ne leur puisse rien reprocher. Or, que ne pourrait-elle point leur reprocher s'ils achetaient lâchement leur repos aux dépens de la vérité, pour laquelle ils se sont jusqu'ici exposés à tout, et se croient obligés de continuer à s'exposer? C'est pourquoi, si votre lettre du 11, écrite six jours depuis l'autre, ne m'avait rassuré en me faisant voir que vous demeurez d'accord de ce que je me suis donné l'honneur de vous écrire sur ce sujet, puisque vous me mandez en termes exprès que vous avez dit au P. Ferrier qu'il ne faut rien exiger qui aille contre la conscience et contre Thonneur, je vous avoue que cette proposition de médiateurs me donnerait beaucoup de peine, parce que, vous excepté et un très petit nombre d'autres dont apparemment on n'en choisirait pas un, on n'y pourrait prendre confiance, pour les raisons que vous savez mieux que moi, à moins qu'avant que d'entrer en matière on demeure d'accord, comme je vous l'ai mandé, qu'on ne met nullement en compromis ce qui regarde la conscience et l'honneur. Car autrement M. Arnauld et ses amis auraient un très grand désavantage, parce que si on voulait exiger d'eux des choses qu'ils ne pourraient accorder, on prendrait sujet de là de les accuser d'opiniâtreté, et de s'en servir de prétexte de les chicaner plus que jamais. Ce qui fait qu'il vaudrait beaucoup mieux ne point parler du tout d'accommodement que de s'y engager mal à propos pour ne rien conclure et se trouver en pires termes que l'on n'était auparavant. Ce que vous connaissez beaucoup mieux que moi, puisque vous dites si bien qu'il est très important de ne se point engager dans cette affaire qu'avec des intentions non seulement fort droites, mais fort désintéressées et dégagées de toute préoccupation, et que comme la charité doit en être le fondement principal, il faut aussi que de part et d'autre on prenne de bonne foi tous les expédients qui pourront mettre les parties à couvert de tout reproche, et rétablir les choses dans leur état propre et naturel et tout le respect que l'on doit au pape; qu'à cet effet