‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 7 sur 455 · LIVRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI

chacun doit oublier sincèrement tout ce qui s'est échappé d'aigreur, etc.

« Je puis sur cela vous protester sincèrement que l'on est dans toutes ces dispositions du côté de nos amis. Mais en vérité, à moins qu'un autre que vous m'en assurât, il me serait fort difficile de croire que leurs parties y fussent, parce qu'ils se confient en leur crédit, qu'il y a sujet d'espérer de l'assistance de Dieu qui ne prévaudra pas toujours contre la justice. Et vous serez sans doute surpris d'apprendre ce que je voulais différer à vous dire, que nonobstant ces belles promesses de cessation de poursuites, ils n'ont jamais poursuivi plus vivement qu'ils ont fait depuis peu de temps.

« Comme je sais que votre charité ne vous fait regarder que Dieu seul dans un dessein qui lui serait aussi agréable que celui de donner la paix, et que personne ne le saurait souhaiter plus ardemment que je fais, vous n'aurez pas sans doute désagréable que je vous représente toutes mes appréhensions, que j'en revienne toujours à mettre après Dieu ma principale confiance pour le bon succès de cette affaire en la manière dont vous êtes capable de la conduire, et que je vous supplie de ne vous point lasser d'entendre ce que je ne lasse {sic) point pour cela de vous répéter, que si Ton agit de l'autre côté d'aussi bonne foi que l'on agira de celui-ci, il sera facile d'en sortir; mais qu'à moins que cela, il vaut beaucoup mieux n'y point entrer. »

Il n'y avait rien de plus équitable que ce discours de M. d'Andilly, ni de plus nécessaire que cette précaution, ayant à traiter avec des personnes aussi artificieuses que l'étaient les Jésuites. Mais quoique son cœur fût toujours droit, il ne prévoyait point assez combien l'exécution de ce projet serait difficile à cause du grand crédit des adversaires, et de l'état auquel toute cette affaire était réduite par la prévention des deux puissances dont ils disposaient si facilement en France et à Rome.

Aussi M. Arnauld, qui était mieux instruit du fond des choses que M. son frère aîné, ne put s'empêcher de lui en dire son sentiment par ce billet du 24 du même mois :

« Nous sommes d'accord dans le fond, puisque vous êtes résolu de demeurer dans une fermeté inébranlable pour ce qui est des choses essentielles, et de ne consentir jamais à

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ua accommodement qui serait fondé sur quelque déclaration équivoque et qui pût laisser croire qu'on a abandonné la cause de la vérité ou qu'on a consenti à la condamnation de l'innocent. Mais il est vrai que je n'ai pas la même espérance que vous du succès de cette affaire, parce que je n'y vois rien de solide sur quoi cette espérance pourrait être appuyée. L'entremetteur peut être sincère, mais il n'y a guère de lieu de s'imaginer que son ami le soit, n'y ayant point d'esprit plus double et plus artificieux que celui-là. L'inclination qu'il témoigne avoir pour la paix est un fort petit sujet d'espérer ; car il a grande raison de parler de cette sorte, puisque par là il s'acquiert la réputation d'être modéré, qui lui peut être utile et ne lui peut nuire, ne l'engageant à rien qu'il ne rompe quand il voudra, puisqu'il sait assez qu'il y a des conditions que nous ne voudrons pas accepter, qu'il nous fera proposer quand il voudra. Mais quoi qu'il en soit, je vous avoue que nous devons nous conduire dans cette affaire comme si nous en espérions quelque chose, et éviter surtout de donner lieu de nous accuser de Tavoir rompue par notre faute. Je suis tout à vous. »

Ce billet, qui était fort judicieux et fort sage, ne fit pas changer de sentiment à M. d'Andilly, et voici ce qu'il y répondit en apostille :

(( Vous pouvez croire qu'avec la grâce de Dieu j'aimerais cent fois mieux mourir que de me relâcher jamais du moindre iota en tout cela.

« Mais quoiqu'il soit fort difficile que cet accommodement se fasse, je vois tant de raisons qui doivent y porter celui dont vous vous défiez le plus, que je ne crois nullement qu'il en faille désespérer, et il faut qu'il ait perdu l'esprit s'il ne le désire autant que nous. Chacun sent son mal. Le nôtre n'est qu'une persécution que nous ne devons pas seulement souffrir avec patience, mais avec joie, pour une si bonne cause. Et celui de ce bon homme et de ses amis, quoique moindre en apparence, va en effet incomparablement plus loin. A quoi joignant que le principal entremetteur étant tel que nous le pouvons souhaiter, pourquoi ne pas estimer la chose possible? Il faudrait la vive voix pour vous dire toutes mes raisons, et je me flatte de la créance que vous en demeureriez d'accord. Je suis tout à vous. »

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