‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 65 sur 455 · LIVRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI

cinq propositions que le pape a condamnées fassent dans ce livre, et par conséquent on ne peut dire ou que ce fait appartienne à la foi, ou que ceux qui le nient soient hérétiques, puisqu'on ne peut être hérétique sans nier un article de foi.

< Tout ce qu'on pourrait leur objecter est que ce fait de Jansénius étant de lui-même séparé de la foi, il est néanmoins joint à une erreur contre la foi dans ceux qui le nient, parce qu'on prétend qu'ils ne refusent de reconnaître que Jansénius a enseigné les hérésies que le pape a condamnées que pour avoir plus de liberté de les soutenir.

« Mais c'est ce qu'on ne peut dire sans une manifeste injustice, puisqu'ils condamnent très sincèrement, non seulement les cinq propositions, mais aussi tous les sens que le pape et l'Église y ont condamnés, de sorte qu'ils condamnent en effet tout ce que le pape a condamné sous le nom de Jansénius, et que s'ils ne le font pas dans ces mêmes termes, c'est parce qu'ils ne croient pas que ce sens attribué à Jansénius soit véritablement de lui, et qu'ils sont persuadés au contraire que cet évêque n'a rien enseigné sur le sujet de ces cinq propositions que la doctrine commune de l'école de saint Thomas, reconnue pour orthodoxe par le pape et par tous les évêques qui ont condamné ces cinq propositions. »

Cet écrit ne fut pas imprimé, non plus que le suivant, par lequel on entreprit de montrer qu'il n'était point à propos de traiter tout de nouveau cette question de fait devant les évêques.

Mémoire,

« Comme l'amour de la paix doit faire embrasser avec joie tous les moyens qui y peuvent contribuer, il doit aussi détourner de tous ceux que l'on ne juge pas raisonnablement y devoir servir, parce qu'en ces rencontres tout ce qui ne sert pas nuit, les tentatives d'accommodement qui ne réussissent pas n'ayant point ordinairement d'autre effet que de faire paraître les maux plus •,^rands et plus irrémédiables qu'ils ne sont véritablement. C'est pourquoi l'on avoue qu'on ne se serait point engagé dans la proposition que l'on a faite de celui-ci, sans la parole qu'on avait donnée d'abord de ne point entrer dans la question de fait et de n'en point faire dépendre la foi de l'Église, parce qu'on

avait bien prévu que comme cette paix si désirée de tous les gens de bien se conclurait sans peine en laissant à part cette question qui ne peut regarder la foi, elle serait au contraire très difficile en l'attachant à l'examen de ce point de fait, dont ceux qui ne sont pas persuadés ne voient pas qu'ils puissent parler sans blesser la conscience, ou sans se mettre en danger de déplaire aux premières puissances de l'Église.

a L'appréhension que l'on avait eue de cet inconvénient ne s'est trouvée dans la suite que trop bien fondée, ear ce qui a regardé la doctrine s'est facilement terminé, et l'on a reconnu de bonne foi que les articles que nous avons proposés pour déclarer nos sentiments sur la matière des cinq propositions n'étaient suspects d'aucune erreur; mais toute la difficulté de l'accommodement est retombée sur la question de fait, dont on était convenu de ne point parler.

« Or cette même difficulté se rencontre dans la nouvelle proposition que l'on fait d'examiner devant quelques-uns de messeigneurs les évêques le sens de Jansénius par la conformité à la doctrine des Thomistes, et de s'en rapporter à leur jugement.

<( Car on oblige par là des théologiens dont le plus grand désir est de ne point parler de Jansénius et de demeurer dans le silence sur ce point de fait, par un mouvement sincère de respect envers le pape et MM. les évêques, d'entrer malgré eux dans cette question qu'ils jugent inutile, et de laquelle ils ne sauraient parler sans blesser, au moins en apparence, le respect qu'ils ont pour le Saint Siège et pour les prélats.

« On attache la paix à un moyen qui ne regarde en aucune sorte le véritable état des contestations qui troublent l'Église, puisqu'il est clair qu'elles ne sont nées que de ce qu'on a voulu faire croire qu'il y avait une nouvelle secte d'hérétiques qui détruisaient la foi. Or pour examiner ce point, il n'est nullement nécessaire de savoir ce qu'un évêque mort dans la communion de l'Église a enseigné ou n'a pas enseigné, mais seulement quels sont les sentiments propres de ceux qu'on accuse d'hérésie, puisque l'erreur d'un auteur ne peut faire hérétiques que ceux qui se la rendent propre en l'approuvant et la soutenant, de sorte que si ces personnes ne tiennent en effet rien que de catholique,

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