‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 84 sur 455 · LIVRE XXXT · texte numérisé non relu

LIVRE XXXT

qu'il avait pour ceux qui agissaient ne le laissait point en repos en voyant le péril où ils étaient, et toutes les bonnes ou mauvaises suites qui en dépendaient. Que tout ce qu'il venait de lui dire était ce qu'il ne pensait point lui dire, lui étant venu en l'esprit en mettant la main à la plume, où il l'avait eu présent comme docteur de l'Église et défenseur de la vérité. Qu'il ne voyait pas qu'il eût sujet de peine sur Vobsequentes ou nos subjicientes^ puisque les principaux amis, et qui étaient assez délicats sur ce point, n'en avaient point eu, et que le P. Annat ne l'avait pas cru suffisant, [pourvu?] que l'on ne demandât pas d'eux des termes qui exprimassent la créance du fait.

M. Singlin disait encore qu'il n'avait point su que l'on fût convenu au commencement que l'on communiquerait aux amis absents ce qui se conclurait; comme en eflet dans le point plus important, qui était la doctrine, on ne l'avait point fait, et qu'ils seraient déraisonnables de l'exiger.

Qu'ils s'en pouvaient bien rapporter aux plus habiles gens qui avaient lumière et conscience, et que si on les avait députés dans une pareille affaire en les jugeant capables et personnes de conscience, on s'en fût bien rapporté à eux, comme lui et les autres ecclésiastiques de Port-Koyal avaient fait à leurs amis de Rome. Qu'aussi il ne connaissait personne de ceux de leurs amis qui étaient unis avec eux qui ne s'en rapportassent à eux tous ensemble, comme il ferait, sans prendre connaissance, et que s'il s'en trouvait d'assez scrupuleux, cela ne devait pas les arrêter. Qu'il ne pensait pas qu'il y eût eu aucun d'eux qui n'eût eu uniquement la vue de Dieu dans cette affaire, qui ne défendait pas que l'on ne s'accommodât à la faiblesse des hommes, comme faisait saint Paul, qui vivait comme n'ayant point de vie avec ceux qui n'en avaient point. Que Dieu promet assistance de son Saint-Esprit lorsque nous sommes engagés à répondre devant les puissances sans qu'il soit besoin de temps pour prévoir les réponses. Que la précipitation leur aurait été blâmable si elle fût venue de leur part ; mais que ce n'était pas un sujet de rupture, venant de ceux de qui ils dépendaient. Que ce n'était pas d'aujourd'hui que l'on avait à s'instruire sur cette matière, et qu'étant ensemble pour prendre conseil on s'entr'aidait. Que jusqu'à ce temps là, il n'avait demandé conseil à personne sur ce que M. Arnauld

lui écrivait; qu'il lui disait simplement ses sentiments; que si lui et leurs amis ne les approuvaient pas, il s'en départait volontiers. Que selon toutes les apparences, la rupture tiendrait, et qu'il souhaitait autant que lui que Ton ne fît point de nouvelles propositions, et que M. de Comminges se retirât; mais qu'il ne croirait pas jouir d'un vrai repos et selon Dieu de ne pas répondre à ce qu'on pourrait proposer si on les engageait à parler, et que l'excuse ne serait pas recevable de dire que personne ne sait où nous sommes. Que cela ne pouvait pas être croyable; qu'il y avait obligation de commerce, quand ce ne serait que pour communiquer la relation qu'ils faisaient de ce qui s'était passé dans les conférences du P. Ferrier. Qu'il s'était étonné même de ce qu'ils n'en avaient pas encore entendu parler. Que M. Arnauld savait que les principaux, et entre autres M. de Comminges et M. de Saifit-Cyran, devaient avoir part de tout ce qui se devait produire au public de cette affaire pour en dire leur avis.

Qu'ils y étaient engagés autant que ceux qui y travaillaient; que rien ne se devait faire qu'en commun et de concert, surtout lorsque ce que l'on donnait les commettait; que c'était cependant à quoi l'on n'avait pas toujours assez d'égards.

Qu'il ne lui semblait pas que M. Arnauld dût attendre que tout fût fait pour le montrer^, puisque l'on pouvait donner des avis sur la manière du narré, qui devait être fort simple sans rien y mettre du sien.

Que dans l'état où l'on était Ton ne saurait rien faire de bien ou de mal qui ne retombât sur les principaux qui étaient dans la cause.

Qu'il était de la justice de ne rien faire et produire sans leur participation, puisque l'on était obligé de l'approuver, ou pour le moins de ne le désavouer et de ne le condamner pas, étant pour la défense d'une bonne cause, et ne disant rien de contraire à la justice et à la vérité, quoiqu'il eût pu être donné dans un temps où l'on blessât la prudence chrétienne et la charité. Que quand les choses se faisaient ainsi en commun, on en devait attendre une bénédiction particulière ; on en était plus en repos, quelque succès qui en arrivât, on en demeurait plus unis, la charité était gardée, et Ton s'entr'aidait et s'entre-défendait les uns les autres.

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