‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 86 sur 455 · LIVRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI

«Ainsi je ne vois aucune autre voie assurée selon Dieu que de demeurer ferme dans la voie de sa vérité et de sa justice, en déclarant sincèrement et franchement au dehors ce qu'on a dans le cœur, et se soumettant à la Providence pour souffrir plutôt toutes choses que de blesser sa vérité et sa justice.

« Ce n'est pas que je sois d'avis qu'on s'emporte et qu'on se déclare indiscrètement, étant à propos d'attendre humblement ce qu'on vous demandera. Et il vaut mieux ne se donner pas tant de peine pour délibérer et prendre des résolutions qui seront peut être inutiles, puisque vous ne savez pas seulement ce qui vous sera ordonné, et que sans cela vous ne ferez que vous donner des inquiétudes et des agitations qui vous nuiront au lieu de vous servir, et rendront les esprits plus indisposés pour prendre les résolutions véritables lorsqu'il en sera temps, comme ceux qui se tourmentent et se lassent avant le combat. Mais attendant de sang-froid et avec confiance en Dieu ce que l'on fera si l'on voit que l'affaire aille jusqu'à l'extrémité, il vaudra mieux s'absenter et laisser passer l'orage, et tenir prête une petite déclaration pour s'en servir en ce cas, par laquelle on dissipera les calomnies et les impostures, et on fera voir le respect qu'on porte à l'Eglise, non seulement dans la doctrine, mais dans le point même du fait dont il s'agit, sur lequel on était résolu de demeurer dans le silence et honorer ainsi la puissance de l'Église et de l'État, si on n'eût été contraint d'appeler du pape mal informé au pape même lorsqu'il sera mieux informé, et qu'il aura fait examiner le fait et le livre dont il s'agit par des personnes non suspectes comme sont quelques-uns des commissaires, tout le monde sachant comme ils ont agi. »

M. de Barcos ne s'en était pas expliqué moins clairement par une autre lettre, et il n'y avait rien de plus exprès sur cela que ces paroles : « Je ne vois pas qu'on puisse signer le bref ou la constitution qui porte que les cinq propositions sont dans Jansénius sans s'obliger à croire qu'elles sont de lui, ces deux choses, signer et ne pas croire, paraissant tout à fait contraires. De sorte que quelque précaution dont on use, et quelques avis qu'on puisse donner par avance qu'on ne le veut pas croire en le signant, on ne laisse pas de s'y obliger en effet, puisqu'on ne saurait prendre cette

signature en un autre sens sans une équivoque manifeste, et sans abuser des paroles avec trop de licence. L'Eglise n'a jamais approuvé les subtilités et les explications éloignées, lorsqu'il s'agit de la vérité et de la justice, et elle veut qu'on soit ferme et sincère dans ces occasions, et qu'on y témoigne une liberté que les Pères ont appelée sacerdotale, selon cette parole de l'un des plus anciens d'eux : Decet sacerdotem libère agere. »

M. de Barcos appuyait ensuite son sentiment par ces passages :

Phœbadius adversus Arianos

Sur ce qu'on objectait aux catholiques le consentement d'Osius avec les Ariens :

« Sed hanc contra nos erigentibus machinam brevi admodum sermone respondeo : Non potest ejus (Osii) auctoritate praîscribi, quia aut nunc errât, aut semper erravit. Novit mundus quae in hanc tenuerit setatem... Quod si diversa nunc sentit, et quœcnmque ab eo rétro damnata fuerant defendunt. quae defensa damnantur; rursum dico : Non mihi ejus auctoritate praBscribitur. Nam si nonaginla ferè annos malè credidit, post nonaginta illum rectè sentire non credam... Ergo, ut supra diximus, praejudicata opinionisauctoritas nihil valebit,quia contra semetipsam ipsaconsistit.

« Ambrosius in Psal, 118. Octon 14.

« Nemo berie jurât nisi qui potest scire quod jurât. Jura re igitur indicium scientiae, testimonium conscientiœ est. Et bene jurât qui ad lucernam Verbi pedes suos dirigit, qui lucem in semitis suis cernit. Lux tibi praeeat; si jurare disponis, id est, cognitio veritatis praecedat, ut vinculum sacramenti tibi non possit nocere. Ubi religio sanctior, ibi fides veritatis est plenior. Juravit Dominus nec pœnitebit eum. Juret ergo ille quem sacramenti sui pœnitere non possit. »

. « Idem, Octon 12.

« Fertur prophetae cuidam (et plerique ferunt de Isaïa in carcere posito) cum mole imminentis urgeretur exitii, dixisse Diabolum : Die quia non a Domino locutus es quae dixisti, et omnium in te mentes afTectusque mutabo, ut qui indignantur injuriam absolutionem conférant. Sed ille gratius judicavit pro veritate supplicium quam pro adulatione beneficium. »

Voilà les véritables et naturels sentiments de M. de Barcos en ce temps là. Mais l'ouverture de la paix avait changé toutes ses idées, et il parut tout autre et tout dilïérent de

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