‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 87 sur 455 · LIVRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI

lui-même lorsqu*on lui proposa cette question dans le temps que la conférence se tenait :

« Je demande si des théologiens qui, suivant la liberté qui a toujours été dans l'Eglise, ne sont pas persuadés d*une décision en matière de fait, laquelle serait émanée du Souverain Pontife ou même d'un Concile général, peuvent, demeurant dans leur sentiment, signer un acte par lequel ils diraient simplement et sans aucune restriction qu'ils se soumettent à cette décision, et si, en signant cet acte, étant dans cette disposition, ils ne commettraient pas un mensonge? »

Car il répondit ainsi à ce cas de conscience :

« C'est un principe incontestable que l'Eglise n'oblige et ne peut même obliger à la créance d'un fait, lorsque celui à qui la décision de ce fait est adressée est convaincu du contraire, parce qu'elle n'est pas infaillible sur les faits, et que de déclarer une chose contraire à sa persuasion particulière est un mensonge, si la raison générale de l'infaillibilité de l'autorité ne prévaut aux lumières particulières, ce qui se rencontre seulement dans les choses de la foi.

« Nous ne laissons pas néanmoins d'être obligés de nous soumettre à la décision des faits; mais d'une soumission de respect qui n'emporte pas nécessité de créance.

« Le mot donc de submitlimus ou de subjicimus nos, ne signifie pas nécessairement soumission de créance, mais fait abstraction de l'une ou de l'autre des deux soumissions cidessus expliquées. Et dans le fait dont il s'agit dans [ceci] l'Église n'a pas droit d'exiger une créance contre la propre conviction; il ne peut, dans la manière de parler ecclésiastique qui doit être conforme au sentiment de l'Église, signifier autre chose que soumission de respect. »

Il n'y avait rien de changé dans la chose depuis la première résolution de M. de Saint-Cyran. Alexandre Vil n'était pas plus infaillible dans les faits qu'Innocent X. Ce qui était faux et injuste en 1653 et 1654 n'était pas devenu vrai et

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équitable en 1663, et M. Arnauld pouvait dire de M. de Barcos ce que saint Phébade d'Agen disait d'Osius : JSovil mundus quœ in hanc tenuerit œtatem.

Cependant cette petite guerre domestique qui s'allumait insensiblement était d'autant plus dangereuse qu'elle était secrète, et nous en verrons dans la suite les mauvais effets, quoiqu'elle n'ait jamais été jusqu'au point de ruiner la charité dans deux personnes unies entre elles depuis tant d'années.

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