‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 2)Chapitre 89 sur 455 · LIVRE XXXI · texte numérisé non relu

LIVRE XXXI

celte lettre qu'on n'avait point prétendu par ce terme obliger à la créance intérieure ; qu'en signant l'on n'y était point entré, et que les termes les plus soumis dont on s'était servi dans cet acte ne marquaient que le seul respect. Que dans cette lettre, il ferait mention de celle qu'il conservait du P. Ferrier, qui témoignait qu'il ne prétendait pas que l'on condamnât le vrai sens de Jansénius.

Qu'incessamment cette lettre et cette relation seraient publiées, M. de Comminges voulant bien en faire son affaire et se charger de tous les événements, sans que ces deux théologiens en fussent responsables. Que l'on aimait mieux que M. de Comminges écrivît seul sans lui joindre M. de Laon, parce que ces deux évêques le faisant, on demanderait pourquoi M. de Paris ne l'aurait pas fait aussi bien qu'eux, et que le nom de ce dernier ne paraissant point avec les deux autres, il était plus à propos que M. de Comminges le fît seul, comme médiateur et témoin de tout ce qui s'était passé. Que l'on supposait comme nécessaire que les articles de la doctrine fussent joints à la soumission, et que M. de Paris dirait avant qu'on signât qu'il ne prétendait point par subjicimus qu'on s'engageât à la créance intérieure. Que M. de Laon ne laisserait pas de dire partout de vive voix et d'écrire même aux évêques la même chose ; mais que cela n'entrerait point dans les conditions nécessaires.

M. de La Lane ajoutait que tous leurs amis laïques et de la plus haute qualité étaient pour cet expédient, et croyaient qu'on ne pouvait le refuser sans se mettre dans son tort. Que M. de Comminges en était aussi persuadé, les menaçant de se déclarer contre eux en cas de refus et d'exciter les évêques. Enfin il pressait M. Arnauld de faire promptement réponse, parce que M. de Laon était pressé de s'en retourner en son diocèse le lundi suivant.

M. Barré, ayant eu communication de ce dessein par un commencement d'écrit que M. de La Lane lui avait envoyé, y répondit le soir même 17 mars : qu'il lui semblait que c'était user d'une grande dissimulation dans une occasion où l'on ne pouvait agir avec trop de sincérité ; qu'on ne pouvait pas douter que le mot de subjicimus ne signifiât un acquiescement d'esprit et une soumission de créance; qu'on ne doutait pas non plus que l'intention des Jésuites qui

étaient les parties avec qui on transigeait ne fût de leur donner un véritable consentement à la décision du fait ; qu'on savait encore que c'était ce que le clergé avait particulièrement prétendu; qu'autrement ni le clergé ni les Jésuites ne se seraient pas portés avec tant de chaleur contre les signatures de ceux qui, en refusant de croire le fait, ne laissaient pas de donner par leurs signatures des marques de respect et de silence sur la question de fait ; qu'ainsi on ne pouvait pas se servir du mot de subjicimus contre sa signification naturelle, contre l'intention du clergé et l'attente des Jésuites, sans avoir un dessein formel de tromperies évêques et les Jésuites, c'est-à-dire de leur persuader que M. Arnauld et les autres théologiens ses amis avaient un sentiment qu'effectivement ils n'avaient pas. Qu'il ne suffisait pas de dire que les mots ne signifient que ce qu'on veut; car cela prouve seulement que si les deux parties qui transigent veulent, d'accord entre elles, se donner une signification particulière de ce mot que d'ordinaire il n'a pas, il ne se doit pas prendre pour lors dans son ancienne signification; mais que dans l'occasion présente tant s'en fallait que les parties qui contestaient fussent d'accord entre elles de tirer le mot subjicimus de son ancienne et naturelle signification, pour lui faire seulement signifier une soumission extérieure, qu'au contraire on savait qu'une des parties ne souff'rirait pas dans l'acte même ni ailleurs cette signification forcée que [l'autre] lui donnait contre son sens véritable et naturel. Que pour montrer en un mot que ce n'était qu'une tromperie et une supercherie, c'était que si le mot de subjicimus ne signifiait pas la créance intérieure, on n'aurait pas recours à une interprétation par un acte séparé; mais qu'il croyait même que cette prétendue déclaration que M. de Comminges devait donner du sens de subjicimus ne suffisait pas, parce qu'il n'appartenait point à d'autres qu'à ceux qui parlent de rendre témoignage de la signification et du sens des mots dont ils se servent lorsqu'ils les prennent contre leur sens naturel et ordinaire. Que ce ne serait point une chose bien vraisemblable à la postérité que MM. de La Lane et Girard et leurs autres amis eussent pris le mot de subjicimus^ contre son véritable sens, pour une soumission seulement extérieure, lorsqu'on verrait qu'ils ne diraient mot, et qu'il n'y

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