‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 105 sur 510 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

recteur de l'Université fut content de lui aussi bien que M. le nonce, M. le chancelier, et les autres puissances qu'on avait voulu irriter contre lui. Il consentit seulement à quelques légers changements de la planche pour l'inscription de la thèse, qui fut dédiée : Ecctesiœ catholicœ supra firmam petram fundatœ. Et au lieu de Tinscription qui était gravée sur le livre, il y fit mettre la tiare et les deux clefs en sautoir qui sont les armes du Saint-Siège. La thèse se soutint en présence de M. le nonce et de plusieurs évêques qui eurent le plaisir d'y voir défendre la constitution contre le mauvais usage qu'on en faisait dans la dispute en l'appliquant à la doctrine de saint Augustin. M. le nonce donna des louanges au répondant et au professeur, témoignant que leurs réponses étaient conformes à l'intention du Saint Père, et le 13® jour de juillet fut remarquable dansTUniversité par cette action publique.

On voyait par là de plus en plus la guerre irréconciliable que les partisans de Molina continuaient toujours de faire à la doctrine de la grâce. Néanmoins toutes ces entreprises et ces fausses accusations ne furent nullement capables de faire rompre le silence des disciples de saint Augustin. Ils se contentaient de dire à ceux qui leur imposaient qu'ils étaient condamnés par la constitution, qu'ils ne l'étaient en nulle manière, puisqu'ils n'avaient point d'autre sentiment et faisaient profession de ne point soutenir d'autre doctrine que celle de saint Augustin, qui n'avait reçu aucune atteinte par cette bulle, ainsi que le pape l'avait déclaré lui-même. Ils firent seulement avertir M. le cardinal Mazarin de ces faux bruits que les Jésuites faisaient courir d'eux, et de ces interprétations malicieuses qu'ils donnaient à leurs sentiments. Ce ministre usa encore une fois de sa politique pour répéter à M. l'abbé de Bourzeis qui lui portait cette plainte : que les disciples de saint Augustin faisaient bien de mépriser ces discours qui se détruiraient d'eux mêmes tant qu'ils se tiendraient dans cette modération où ils étaient, et qu'il ne manquerait pas d'avertir les Jésuites d'être plus retenus et de ne pas fouiller ainsi jusque dans le fond des consciences, ce qui était défendu. Ce furent les mêmes termes dont il se servit; mais dans le fond ce n'étaient que des paroles sans effet et qui ne tendaient qu'à faire paraître qu'il gardait quelque mesure avec les disciples de saint Augustin, et

qu'il avait de la considération pour cet abbé. Car les Jésuites s'emportèrent plus que jamais, et soutinrent que ces théologiens n'avaient jamais eu d'autres sentiments que ceux qui étaient exprimés dans ces propositions et qui avaient un rapport entier à la doctrine des hérétiques. C'était en vain qu'on les renvoyait à l'écrit de la distinction des sens, et ils y trouvèrent la matière d'exciter contre eux une nouvelle persécution.

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