‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 11 sur 510 · LIVRE VIII · texte numérisé non relu

LIVRE VIII

voyer avec lui vers Sa Majesté, les Jésuites et leurs partisans tâchaient par toutes sortes de moyens d'empêcher cette députation. Ils en ébranlèrent plusieurs, gagnant les uns, intimidant les autres; car leur P. Le Comte, prédicateur, disait hautement dans les meilleures compagnies que la reine voulait que l'on fît une exacte recherche de tous ceux qui avaient attiré cet ecclésiastique en l'Université de Caen et qui lui avaient donné quelque assistance ou protection. Toutefois ni leurs intrigues ni leurs menaces ne purent empêcher que M. de Beaussieu, député pour accompagner M. Manessier à la cour où il était mandé, ne le vînt trouver le 11 décembre au Pont-l'Évêque d'où ils se rendirent ensemble à Paris le 15. Un jour après, M. Manessier, voulant satisfaire aux ordres du roi, s'alla présenter à M. de la Vrillière*, secrétaire de ses commandements, de qui avait été signée la lettre de cachet qui l'avait obligé d'interrompre ses leçons pour se rendre à la cour. Ce secrétaire d'État ne lui dit autre chose, sinon qu'il témoignerait à la reine son obéissance aux volontés du roi.

Le différend qui arriva pour lors touchant l'élection de M. le recteur de l'Université de Paris ne permit pas qu'on lui communiquât l'affaire qu'au bout de trois jours qu'il fut terminé, après lesquels MM. Manessier et de Beaussieu l'ayant prié de se joindre en cause avec l'Université de Caen au nom de laquelle ils lui faisaient cette prière, il y donnâtes mains sans peine, mais il fut d'avis qu'avant que de proposer la chose dans le conseil de l'Université, on en fît part à la maison de Sorbonne dont l'assemblée se devait tenir le 24 du mois.

Ce conseil ayant été suivi, M. Manessier représenta dans cette assemblée la justice de la conduite qu'il avait tenue dans l'Université de Caen, la part que ce corps prenait en sa cause et celle que Messieurs de Sorbonne ses confrères y pouvaient prendre avec grande raison, comme y étant les plus intéressés de l'Université de Paris.

L'affaire fut mise en délibération; les anciens furent d'avis que la compagnie rendît témoignage à l'innocence de leur confrère injustement accusé, qu'elle intervînt en cause et fit prier M. le recteur de l'Université de s'y vouloir

1. Louis Phélipeaux de la Vrillière, secrétaire d'État sous Louis XllI et Louis XIV, mourut en 1681.

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joindre pour la po irsuivre ensemble dans le privé conseil de Sa Majesté. M. Morel, opinant à son rang entre les premiers et n'approuvant point cet avis, dit qu'étant parlé dans Il lettre de cachet de plaintes faites à Sa Majesté contre M. Manessier, il fallait, avant que d'intervenir en sa cause, connaître ses accusateurs et le chef de leur accusation. A quoi ce docteur, ayant prié la compagnie de trouver bon qu'il éclaircît cette difficulté, répondit que les accusateurs étaient assez connus, quoiqu'ils ne se fussent point déclarés contre lui selon les formes de la justice; qu'il était inutile de commencer par la recherche des chefs de leur accusation puisqu'il n'en paraissait aucune qui fût formée juridiquement; qu'il suffisait que l'Université de Caen attribuât à ses ennemis les plaintes injustes qu'on avait faites de lui à Sa Majesté dont ils avaient surpris la religion. M. Morel ne répliqua rien, et tous ceux qui opinèrent après lui suivirent le premier sentiment. Et la conclusion fut que les députés de la Sorbonne verraient M. le chancelier pour lui rendre témoignage au nom de leur corps en faveur de M. Manessier.

Ces messieurs, avec ce docteur de Sorbonne leur confrère, M. de Beaussieu* député de l'Université de Caen, et M. Coqueret, docteur de Navarre, qu'ils prièrent de se joindre à eux, allèrent trouver M. le chancelier le 27 de décembre. Après qu'ils l'eurent assuré par la bouche de M. Duval, professeur en théologie, que M. Manessier leur confrère avait des sentiments orthodoxes et de bonnes intentions dans l'exercice de la charge qu'on lui avait imposée, et qu'il n'avait jamais donné sujet d'avoir mauvaise opinion de sa doctrine et de son entretien, M. Coqueret, docteur de Navarre, ajouta pour confirmation qu'il en pouvait parler avec certitude, puisque ce théologien, dont il approuvait la doctrine et le dessein comme ces messieurs, avait demeuré chez lui plus de quatorze ans, et y demeurait encore quand on le vint prier d'accepter la profession' de théologie dans l'Université de Caen.

M. le chancelier répondit à cela que ce docteur pouvai' avoir changé de sentiment depuis qu'il n' étaitplus auprès de M. Coqueret, et que pour donner assurance du contraire

i. Le» fonctions de professeur.

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