LIVRE IX
Sne grande estime de leur piété, de leur modestie, de leur vigueur et de leur doctrine ; que c'était le sentiment de toute cette cour-là, et .de Sa Sainteté même qui l'avait témoigné à M. Hallier, lequel l'étant allé voir pour le remercier de la censure, s'était hasardé de lui demander si ce que leurs parties» disaient dans Rome était véritable : que Sa Sainteté leur avait dit qu'il n'avait entendu par cette censure préjudicier en rien à la doctrine de saint Augustin et à la vérité de la grâce efficace par elle-même. Que le pape ayant répondu que cela était véritable, et M. Hallier lui ayant reparti que Sa Sainteté [le] leur avait dit par compliment, Sa Sainteté lui avait répété que c'était tout de bon et qu'il n'avait jamais eu intention de toucher ni à la doctrine de saint Augustin, ni à celle de la grâce efficace par elle-même nécessaire à toute bonne œuvre ; qu'il estimait ces messieurs qui s'étaient conduits dans Rome avec vigueur, modestie et grand savoir, et qu'il était informé qu'ils avaient vécu comme des saints. Que cette déclaration avait tellement étonné M. Hallier, que deux ou trois personnes qui l'avaient vu sortir assurèrent qu'il paraissait tout interdit et mécontent de son audience. Le P. Petit ajoutait que ce que le pape avait dit à ce docteur, qu'il n'avait pas prétendu toucher à saint Augustin, il l'avait aussi assuré à plusieurs autres personnes, savoir : au cardinal Pimentel*, au général des Dominicains, aux consulteurs en leur commettant cette affaire, à M. de La Lane et à ses collègues lorsqu'ils prirent congé de lui, et à M. l'ambassadeur qui dit publiquement, aussi bien que son secrétaire, en une compagnie où lui, P. Petit était, qu'il l'avait écrit à la Reine et à M. le cardinal Mazarin et [à] M. le comte de Brienne. Que c'était une consolation pour ceux qui aimaient saint Augustin que d'être assurés que Sa Sainteté n'avait entendu condamner que le mauvais sens des Calvinistes, qu'on lui avait toujours dit que M. de La Lane et ses collègues soutenaient, et non celui de saint Augustin et de la grâce efficace, ce qui faisait voir la mauvaise foi de leurs adversaires et de M. Hallier d'avoir soutenu cela.
1. Dominique Pimentel (1580-1G53) dominicain espagnol, évêqne d'Oama et de Séville, puis ambassadeur d'Espagne à Rome et cardinal.
Toutes les lettres des banquiers et celles qui furent lues chez MM. Dupuis et dans la bibliothèque de Saint-Victor étaient conformes à ce que mandait ce Père de l'Oratoire ; et on aurait pu faire un juste volume des éloges qu'elles donnaient toutes à ces députés pour saint Augustin; et les Jésuites n'osèrent jamais produire celles qu'on leur en écrivait de Rome, parce qu'à la réserve d'une seule elles disaient toutes la même chose. Les louanges que M, l'ambassadeur donnait à ces mêmes députés étaient d'autant moins suspectes que l'on savait bien qu'il sollicitait le pape en faveur des autres, selon les ordres qu'il en recevait de la cour de France, et que les Jésuites étaient ses amis. Et après ces engagements, on ne saurait assez s'étonner de ce qu'il n'a jamais parlé ni écrit de M. de La Lane ni de ses collègues qu'en des termes d'estime et d'honneur.
Mais la passion des Jésuites était si violente et les aveuglait à un tel point que, sans considérer ce rapport et la parfaite conformité de toutes ces lettres, ils furent assez téméraires pour publier partout que c'était une fausse lettre que les Jansénistes avaient fabriquée à dessein pour faire valoir la députation qu'ils avaient faite à Rome, et pour diminuer autant qu'il leur serait possible l'estime que l'on avait de celle de M. Hallier et de ses collègues.
Tout ce qu'ils purent faire pour appuyer leurs calomnies fut d'opposer à la lettre du P. Petit une lettre du P. Dinet, jésuite, confesseur du roi, qui n'avait été faite que pour répondre à celle de ce Père de l'Oratoire ; et ils eurent soin non seulement d'en donner des copies à tous leurs amis, dans Paris, mais aussi de la répandre ensuite dans les provinces. M. Hallier mandait à ce jésuite qu'aussitôt que la bulle fut publiée contre Jansénius, on avait vu une étrange consternation en tous ceux de son parti, et Jacobins et Pères de l'Oratoire de Saint-Louis; que le P. Des Mares avait pris congé du pape avec ses compagnons sans lui demander d'indulgences ; qu'ils étaient partis sans avoir vu aucun cardinal, et qu'étant allés voir le général des Jacobins, il leur avait fait très mauvaise mine pour l'avoir engagé dans leur parti; que ce général voyait alors le tort inimaginable qu'il avait fait à son ordre d'avoir défendu cette hérésie et d'avoir dit que leur doctrine y était intéressée ; que Sa Sainteté avait appelé ce général avec d'autres officiers de l'Inquisi-