‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 115 sur 510 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

tion jacobins, et leur avait fait une réprimande furieuse en leur reprochant qu'ayant les plus importantes charges de la chrétienté pour s'opposer à l'hérésie, ils s'en étaient déclarés les protecteurs ; qu'ils préféraient l'opinion de leurs thomistes à la vérité du Saint-Esprit ; qu'il connaissait bien que leur opinion avait alliance avec l'hérésie; et leur en avait dit bien d'autres; que c'était ce qui avait donné lieu au bruit que le pape voulait faire examiner la prédéterminaion physique; disant qu'il en viendrait à bout aussi bien que de Jansénius, et qu'il voulait ôter l'Inquisition aux Jacobins ; qu'il savait lui, M. Hallier, qu'un très pieux et trèssaant cardinal avait dit : que s'il ne connaissait les Jacobins de France et d'Allemagne, il aurait mauvaise opinion de cet ordre ; qu'il savait aussi des personnes très savantes qui disaient que si on les employait à l'examen delà prédétermination, ils la condamneraient si la bulle était bien reçue en France; qu'ils étaient bien assurés qu'on censurerait bientôt les apologies pour Jansénius et les autres libelles de sa secte; que le pape avait dit après la publication, qu'il avait senti une assistance sensible du Saint-Esprit en cette affaire, n'ayant point été incommodé depuis le commencement, quoique pendant plus de huit jours, il y eût travaillé toutes les nuits, plus de cinq heures à voir tous les jours des consulteurs, lesquels il avait ouïs avec tant d'intelligence et de facilité qu'il s'étonnait qu'on y trouvât de la difficulté. M. Hallier ajoutait dans cette lettre des circonstances enore plus ridicules, savoir : qu'il allait fort simplement, tandis que les autres allaient en carrosse; mais aussi en récompense qu'il parlait avec assurance; que les habitants de Rome, considérant des différences si notables entre les uns et les autres, disaient que les riches avaient perdu leur ause et que les pauvres l'avaient gagnée; qu'on avait fait refus de les placer dans la galère qui devait porter en France les sœurs de M. le cardinal Mazarin ; qu'après cette condamnation, tous les Italiens montraient au doigt les Jansénistes ; que jamais il n'y eut des gens moins en estime de piété qu'eux, et que ce qu'ils avaient fait paraître de modestie était attribué à une hypocrisie toute pure, semblable à celle des hérétiques qui tâchaient de surprendre le monde par leur mine douce et par des mots choisis. Il est étrange que M. HaUier et ses collègues aient eu le

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front de mander en France de telles sottises ; mais il est encore plus étonnant qu'ils aient encore eu l'insolence de les faire imprimer par le sieur Filleau, avocat du roi au siège présidial de Poitiers, l'un de leurs principaux suppôts dans la même ville, et qu'ils se soient ainsi opiniâtres à démentir si longtemps le témoignage de leur propre conscience, qui leur reprochait sans cesse l'excès de cette imposture.

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