‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 119 sur 510 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

d'une manière si basse^ et qui avait si peu de rapport à la conduite des sages de cette cour qu'on ne faisait nulle attention sur ce qu'ils disaient. On vit même paraître .^ publiquement en ce temps-là, dans les chaires de Rome, des ■^■théologiens qui faisaient profession de tenir pour la doctrine de saint Augustin, qui relevèrent hautement la puissance de la grâce efficace de J,-C. et la victoire qu'elle remportait sur la volonté criminelle de l'homme ; et ceux

IJH^qui avaient de la délicatesse et de la passion pour la gran- ^Pdeur et l'autorité du Saint Siège écoutèrent leurs prédications avec applaudissement. Le P. Petit, de l'Oratoire, qui en écrivit en ces termes à quelques-uns de ses amis, ajouta à cette nouvelle que le livre du P. Annat : De libertate incoacta, qu'il avait fait imprimer avant son retour en France, et que les députés pour la doctrine de saint Augustin avaient fait arrêter sur l'ordre que Sa Sainteté en avait donné en conséquence de leurs plaintes, était exposé en vente depuis la censure des cinq propositions; que le maître du sacré palais qui avait fait jusque-là difficulté de donner la permission pour le publicetur avait été obligé de la donner par le commandement du pape; qu'on lui donnait avis de tous côtés de se ménager à cause des menaces que les Jésuites lui faisaient de le mettre à l'Inquisition; mais que leurs menaces ne lui donnaient nulle crainte et ne lui feraient jamais avouer que Sa Sainteté eût condamné par sa constitution la doctrine de saint Augustin et la nécessité de la grâce efficace par elle-même. Et qu'enfin ceux qui parlaient de la constitution, et qui étaient en très petit nombre, ne parlaient que parce qu'on leur avait fait accroire que les disciples de saint Augustin avaient fabriqué eux-mêmes ces propositions et les avaient soutenues dans le sens des hérétiques, et qu'on feignait soutenir qu'ils ne les avaient défendues qu'en cette manière ; que pour les autres partisans de Molina qui avaient le plus de sagesse humaine, ils se tenaient dans le silence parce qu'ils voyaient bien que les Jésuites, avec tout leur crédit tant dans la cour de Rome que dans celle de France, n'avaient pu obtenir qu'en général une condamnation qui ne serait jamais prise par les savants pour une condamnation positive de la doctrine de saint Augustin ni de celle de saint Thomas touchant l'efficace de la grâce, quoique dans le fond ce fût la

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seule chose qu'ils avaient toujours prétendue; que messieurs de Port-Royal, ayant appris que le pape avait fait par sa propre bouche cette déclaration, en parlant au général des Dominicains, de n'avoir donné nulle atteinte ni à la doctrine de ce saint docteur de la grâce, ni aux sentiments de saint Thomas, travaillaient auprès de ce général pour le porter à rendre témoignage de ce même fait dans tous les monastères de son ordre.

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