LIVRE IX
auraient de la vigueur pour maintenir leur dignité et pour conserver la discipline ecclésiastique, leur firent savoir dans cette fâcheuse occasion qu'ils devaient écrire au roi d'Espagne leur souverain une lettre pleine de soumission et de respect, dans laquelle ils lui exposeraient la persécution qu'ils souffraient pour le soutien des libertés et des privilèges des églises des Pays-Bas ; qu'il n'y avait rien de plus insoutenable que la citation que le pape leur avait fait faire, ou que Tinternonce avait entrepris de lui-même de leur faire; qu'en ce point il s'y agissait de son autorité, puisqu'étant protecteur, en qualité de roi souverain, de tous les privilèges et de toutes les libertés de ses États, on n'avait pu y donner le moindre atteinte sans la blesser. Qu'ils le suppliaient très humblement de les honorer de sa protection, et d'avoir la bonté de faire examiner leur affaire sur les mémoires et sur les instructions qu'ils lui envoyaient; qu'il était inouï qu'on eût jamais traité d'une manière si honteuse à l'Église des prélats qui avaient vécu de très longues années dans leurs églises sans avoir donné le moindre sujet de plaintes contre eux, comme toute leur conduite le justifiait depuis qu'ils avaient été sacrés; et que si une fois ces sortes de citations avaient lieu, il ne fallait plus attendre rien de vigoureux de la part des évêques, parce qu'aussitôt qu'ils voudraient réprimer les entreprises de ceux qui attaquaient l'Église dans la hiérarchie, ils se verraient accusés d'entreprendre eux-mêmes sur l'autorité du Saint-Siège; et sur cette accusation, sans autre forme de procès, ils seraient cités à comparaître devant le pape pour rendre raison de leurs actions. Que pour appuyer la justice de leur cause, ils leur conseillaient d'écrire à quelque grand d'Espagne du conseil de Sa Majesté, leur ami, pour le supplier de soutenir les droits de leurs églises et les privilèges dont il était le protecteur, et de représenter les conséquences politiques de toute cette entreprise, qui n'allait à rien moins qu'à établir le pape souverain sur toutes les églises, et à étouffer par ce moyen toute la générosité ecclésiastique de ceux qui auraient de l'amour pour la véritable liberté que J.-C. avait établie pour tous ses ministres.
IMais avant que ces deux évêques pussent exécuter ce sage conseil, les Jésuites les accablèrent par la nouvelle de la bulle et par les bruits qu'ils répandaient de la manière
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dont elle avait été reçue en France, et comment on y maltraitait les disciples de saint Augustin; mais surtout parles menaces qu'ils faisaient à tous ceux qui leur seraient opposés. Ils leur fermèrent toutes avenues de la justice en les calomniant partout, et publiant qu'ils allaient être excommuniés par le pape. Le P. Quarré, qui écrivait de Flandre à un de ses amis de Paris, lui apprenait la consternation où l'on était dans son pays; il mandait qu'ils y étaient abandonnés, et que tous les conseils se retiraient; que partout il y avait de la frayeur et qu'elle était incroyable; qu'on poussait jusqu'à l'extrémité M. de Malines; qu'il attendait, tous les jours une excommunication de Rome; qu'on le menaçait de lui ôter son archevêché; que l'archiduc disait qu'il l'abandonnait s'il ne faisait ce que le pape voulait; que l'on avait ôté, comme il l'avait déjà mandé, la charge de premier président à celui qui la possédait, ce qui ne s'était jamais vu en Flandre; qu'on avait ôté du conseil privé quelques-uns de ceux qui le composaient, et qu'on y en mettait d'autres. Que comme c'était une chose inouïe par delà, tout le monde demeurait étonné, personne n'osant parler ni défendre l'innocence ; que l'on savait d'assurance que les nouveaux apôtres qui étaient la cause de ces désordres se préparaient et disposaient tout pour commencer une guerre ouverte contre l'Université de Louvain, qu'ils avaient entrepris de renverser pour y établir le molinisme qui en était banni ; qu'en un mot, la terreur et la violence étaient très grandes en ces quartiers-là; qu'ils y voyaient les triomphes que faisaient les adversaires au sujet de la condamnation des cinq propositions ; qu'on se défendrait sur saint Augustin, qui semblait n'être pas garanti de cette censure.
On pouvait attendre plus de fermeté de ces défenseurs de la grâce ; mais ils ne pouvaient exprimer leur crainte avec plus de sincérité, ni faire concevoir une idée plus forte de l'injustice et de la violence des Jésuites.