‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 133 sur 510 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

roisses et sur des peuples, et il était inouï qu'une bulle éma-

Inée de Rome, qui s'adressait aux évêques, et qui regardait les évêques, eût été publiée par un corps de chanoines de la nature de celui-là^ après qu'un évêque aussi appliqué à son devoir que l'était M. de Beauvais l'avait fait publier. Mais M. Jean Chaillou dominait sur ce chapitre, et les Jésuites étaient les maîtres et les oracles de M. Chaillou, et comme il était allé à Paris dans la conjoncture de cette constitution, lils lui inspirèrent le dessein de se prévaloir d'une occasion [si favorable pour former une entreprise qui pût exciter une persécution contre cet évêqueet contre ceux qui travaillaient isous sa conduite avec quelque bénédiction. Ces Pères se [servirent de son organe pour promettre à son chapitre une entière impunité par le crédit qu'ils auraient auprès des puissances, et ils les assuraient que, quelque chose qui pût rriver de la part de leur évêque, ils auraient assez de créiit à Rome et à la cour de France pour y soutenir hautement leur parti. Ils ne doutaient nullement que ce vigilant pasteur n'eût assez de vigueur et de zèle pour soutenir l'honneur et les droits de son caractère épiscopal, et qu'il ne se mit bientôt en état de réprimer leur entreprise, ou du moins d'en empêcher l'effet. Mais la violence de leur passion les entraînait ; ils ne voulaient pas laisser échapper une occasion si favorable sans faire tout l'éclat possible dans cette affaire, et sans commencer à rendre odieux leurs propres confrères, disciples de saint Augustin, par les calomnies qu'ils publieraient contre leur réputation aussi bien que contre celle de leur évêque, et contre tous ceux qui se déclareraient pour la défense de son autorité.

Ils donnèrent la commission de dresser ce mandement capitulaire à M. Etienne Le Roy, l'un de leurs chanoines, officiai du doyenné et hôte de M. Chaillou, et ils l'en j ugèrent d'autant plus capable qu'il venait de se signaler dans cette affaire en traitant de pur galimatias le mandement de son évêque. Celui que ce chanoine avait dressé ayant été rapporté le lundi 25'"» jour d'août de cette année en l'assemblée du chapitre, M. Tristan, docteur de la maison et société de Sorbonne, l'un des vicaires généraux de M. l'évêque de Beauvais, grand archidiacre et chanoine de la même église, qui y présidait alors, après avoir fait sa déclaration qu'il se soumettait à la constitution selon ses forme et teneur, et

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qu'il lui voulait rendre une entière obéissance, qu'il n'avait jamais par le passé et ne voulait point à l'avenir maintenir la doctrine qui y était précisément condamnée, ajouta : qu'il déclarait que si on passait outre en la dite délibération pour insérer dans le dit mandement autre chose que ce qui était contenu dans la même constitution en s'écartant des termes exprès des propositions qui y étaient condamnées, il s'y opposait, protestait de nullité et appelait, tanquam a futuro gravamine, de ce qui pouvait être ordonné au préjudice de son opposition, protestation et appellation. Et qu'au cas que pour le bien de la paix et pour ôter le scandale, il se trouvât à la publication de la bulle, comme il avait résolu de s'y trouver, et qu'après cette publication, celle du mandement se fît en autres termes que ceux qui étaient portés par la constitution du Saint Père, il protestait que son assislance ne lui pût nuire ni préjudicier. 11 signa cette protestation et la laissa sur le bureau.

M. Hermant, docteur de la maison et société de Sorbonne et chanoine de la même église, employa des raisons très fortes pour les détourner de cette entreprise, et marqua en particulier plusieurs nullités et faussetés dans le projet de leur mandement. Et quoique, depuis son engagement dans les intérêts de l'Université de Paris, il fût en butte aux Jésuites, on ne pouvait pas dire qu'il fût suspect à sa compagnie, puisqu'il venait de prêcher l'octave du Saint Sacrement dans l'église cathédrale après y avoir été nommé par ses confrères qui, par la fondation, ont droit de présenter un prédicateur pour cette station. Mais ils furent sourds à ses remontrances, et se contentèrent de faire quelques corrections à leur mandement ensuite des plaintes qu'il en avait faites, de sorte qu'il fut obligé d'adhérer aux appellations et protestations de M. Tristan, et d'en signer l'acte par écrit sur le bureau du chapitre.

M. Lévêque, sous-chantre et depuis trésorier de la même église, l'un des vicaires généraux de M. l'évêque de Beauvais et directeur de son séminaire^ déclara la même chose de vive voix; mais comme il était temps d'aller dire la messe au chœur parce qu'il était en semaine, il ne put signer.

Cependant cette protestation si équitable ne produisit autre chose sur l'esprit de ces chanoines rebelles que de faire corriger dans leur mandement quelques termes quMls

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