‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 137 sur 510 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

ner un successeur, et les priait en même temps de lui marquer en conscience celui d'entre les ecclésiastiques qu'ils jugeraient plus capable de remplir la place que son infirmité Tobligeait de quitter, leur avis unanime fut de lui répondre par la plume de M. l'évêque de Chartres, alors évêque de Saint-Malo, quils ne connaissaient point de sujet plus digne de succéder à sa dignité que l'abbé de Jumièges, son neveu. Sur quoi M. notre archevêque leur écrivit une seconde lettre pour les prier de proposer au roi et à la relue régente celui qu'ils estimaient digne de cet éminent degré, et de le demander à leurs Majestés pour être son successeur; ce que ces prélats firent avec tout le succès qu'il pouvait souhaiter par l'entremise de M. de La Feuillade', archevêque d'Embrun, à présent ambassadeur en Espagne, qui en parla à la reine, laquelle communiqua l'affaire à son conseil de conscience, où cette promotion ayant été trouvée fort avantageuse à l'Église^ elle donna ensuite les ordres pour la prompte expédition du brevet, et témoigna à chacun qu'elle était extrêmement satisfaite de pouvoir donner un si digne pasteur à ce grand diocèse. »

On a cru que ce détail, ayant toute l'apparence d'avoir été donné au public sur des mémoires originaux, méritait bien d'être inséré en cet endroit pour faire connaître quelle a été la vocation de ce prélat à cette haute dignité de l'Église. Feu M. Gaulde, l'un de ses vicaires généraux, avait été l'un des approbateurs de cette histoire de Rouen en 1667, et on y pourrait encore ajouter d'autres circoiïstances dont on a été témoin, si l'on n'avait peur de diminuer la joie de cet illustre archevêque, qui s'est voulu faire un honneur d'avoir soutenu sur les bancs l'opinion de M. Le Moine touchant la grâce suffisante de prière donnée généralement à tout le monde.

Mais soit que l'âge lui eût fait acquérir d'autres lumières, soit qu'étant devenu archevêque de Rouen, il eût compris l'obligation qu'il avait de soutenir sa dignité dans les occasions éclatantes, il s'était trouvé mieux disposé dans l'assemblée du Louvre que sur les bancs de la Sorbonne. Il voyait que les évêques, voulant suivre la passion,des Jésuites

1. Georges Léon François d'Aubusson de La Feuillade (1609-1697), archevêque d'Embrun en 1649, ambassadeur à Venise en 1659, puis envoyé eu Espagne eu 1661, mourut évêque de Metz.

et de leurs adhérents, avaient pour la plupart préféré les intérêts de ces Pères à leur propre dignité, et qu'au lieu de juger eux-mêmes des points qui leur étaient proposés comme des hérésies, ils en avaient déféré le jugement au souverain pontife en un temps où il n'était nullement nécessaire d'en user ainsi, et où il eût été plus à propos pour eux de se maintenir dans le droit déjuger des matières de la foi que de s'adresser à celui qui prétendait, en qualité de chef souverain de tous les fidèles, en être le seul et l'unique juge. Et quoiqu'il eût contesté, pour s'accommoder au sentiment de M. le cardinal Mazarin, qu'il fallait expliquer les choses de telle manière dans les lettres qui avaient été résolues par l'assemblée qu'il parût que le pape n'aurait pas condamné des propositions en Tair sans qu'il y eût quelque parti réel et effectif qui les eût soutenues; néanmoins il était persuadé par les mêmes lumières que ce parti n'était qu'en idée; et qu'en effet il n'y avait ni docteur, ni prédicateur, ni écrivain qui eût jamais enseigné ces propositions, sachant bien que ni M. Cornet qui les avait fabriquées, ni les commissaires qu'il avait fait nommer parla Faculté de théologie, ni les Jésuites n'avaient pu en déférer aucune après toutes les enquêtes qu'ils en avaient faites depuis le mois de juillet de l'année 1649 jusqu'au mois d'août de l'année 1653. Cet archevêque avait même témoigné à quelques-uns que toute cette affaire des cinq propositions n'avait été suscitée qu'à dessein d'opprimer des innocents dont les bonnes intentions étaient connues de toutes les personnes désintéressées pour être doctes et tout à fait éloignées de l'entreprise qu'on leur imputait de vouloir ruiner la foi de l'Eglise touchant la divine grâce. Il avait déclaré à ses confidents que cette conduite lui paraissait odieuse, qu'il n*y voulait nullement entrer, quelque chose qu'on lui en pût dire; qu'il ne voulait point aussi se déclarer pour ceux que l'on voulait opprimer; que son but était de tenir la balance égale dans son diocèse, afin de retenir d'un côté l'emportement des partisans de Molina, et de sauver de l'autre les. disciples de saint Augustin de tous les coups que leurs adversaires leur voudraient porter; qu'il savait que ceux que Ton voulait pousser dans son diocèse étaient gens de paix, qu'il ne connaissait point d'ecclésiastiques plus soumis qu'eux, et que, ni dans la ville de Rouen ni dans toute

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