LIVRE IX 20S
l'étendue de cette métropole, il n'y avait aucun véritable janséniste selon la chimère des Jésuites et le nom qu'ils avaient accoutumé de donner à ce prétendu parti. Voilà quelles étaient les véritables idées de cet archevêque avant que l'embarras de son affaire de l'Hôtel-Dieu de Pontoise l'eût obligé à implorer la protection du P. Annat.
Il avait alors au nombre de ses vicaires généraux M. Le Cornier de Sainte- Hélène, docteur de la Faculté de Paris, à qui la paix et l'unité de l'Église étaient plus précieuses que toutes les choses du monde. Ce docteur, qui avait du savoir et de la vertu, aimait la paix ; il gémissait sur les misères que l'Église souffrait dans cette persécution générale que Ton faisait aux plus gens de bien; et ayant part dans la sollicitude du diocèse, il appliquait son esprit à le maintenir dans un sage tempérament pour empêcher que l'injustice n'opprimât ceux que l'on tâchait de lui rendre suspects par des accusations sans fondement et des calomnies atroces sur le sujet de la doctrine. Étant animé de cet esprit, il fit comprendre à son archevêque, qui n'était pas encore sorti de cette équité à l'égard des disciples de saint Augustin, que pour agir en véritable père des fidèles rachetés par le sang de J.-C, sans altérer le repos de son diocèse dans la publication de la constitution du pape, il ne devait s'en rapporter qu'à lui-même et suivre l'usage de Rome dans la publication des bulles et des autres actes émanés du Saint- Siège, qu'elle ne fait jamais en langue vulgaire mais en latin seulement; de sorte qu'il lui suffirait de prendre le mandement commun qu'il avait déjà approuvé par sa signature et le joindre avec la constitution selon qu'il l'avait reçue.
Ce conseil parut si équitable que les autres officiers de ce prélat ne firent nulle difficulté de l'approuver et de le lui proposer, et il l'embrassa très volontiers comme étant le plus conformée ses intérêts et revenant mieux à ses idées. La justice et la piété qui le réglaient en cette action firent tomber toutes les difficultés qui s'y pouvaient présenter, de sorte que cette publication se fit en cette manière dans toutes les églises de Rouen sans que personne osât s'en plaindre et exciter sur ce sujet le moindre murmure.
Il est vrai que les Jésuites n'étaient nullement satisfaits de cette modération si contraire à leur esprit; mais ils
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n'osèrent en faire la moindre plainte publique. Ils se contentèrent d'en témoigner de la douleur à leurs confidents en faisant dans leurs entretiens familiers d'horribles invectives contre ceux qu'ils soutenaient faussement avoir été condamnés par cette constitution. Pour suppléer à ce défaut de publication, ils débitaient ce qui était contenu dans la déplorable lettre de M. Rallier au P. Dinet, confesseur du roi, et soutenaient que la constitution n'avait été faite qu'ensuite d'une information juridique, et comme on n'avait manqué en rien à l'ordre de la procédure où les parties avaient été entendues en public les unes devant les autres, et leurs écrits avaient été reçus et conférés les uns avec les autres, où les disciples de saint Augustin avaient soutenu les cinq propositions, où M. Hallier et ses collègues les avaient confondus dans leurs erreurs en présence du Saint Père et des cardinaux nommés par Sa Sainteté pour les entendre.
Toutes ces faussetés se débitaient parmi les amis de ces Pères, qui ne pouvaient comprendre comment des gens ainsi condamnés par le pape avaient été épargnés dans une rencontre où il fallait les faire connaître à tout le monde comme des hérétiques dont ils devaient se donner de garde; et ces calomnies n'auraient jamais été découvertes si un président du Parlement, qui aimait les Jésuites et qui s'était persuadé qu'ils lui avaient dit la vérité, n'en eût fait le récit à un autre magistrat de ses amis, qui lui représenta les choses dans la vérité selon qu'elles s'étaient passées et lui fit concevoir l'abus que ces religieux faisaient de la confiance qu'on avait en eux. Le président en demeura tout interdit, et ne pouvant douter de la sincérité de la relation que ce magistrat lui faisait eh lui marquant jusqu'aux moindres circonstances, il protesta de ne les plus croire en ce point.
CHAPlTaE XXIV
Divers excès des partisans de Moliaa eu plusieurs endroits du royaume.
Ceux qui avaient répandu mille calomnies contre les disciples de saint Augustin pendant que l'on attendait la