‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 139 sur 510 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

décision du Saint-Siège sur les cinq propositions crurent avoir la liberté de dire et de faire impunément envers eux tout ce qu'ils voudraient depuis que la constitution fut publiée.

A Auxerre, on prévint tellement l'esprit du peuple qu'il faisait scrupule de se confesser à ceux que l'on savait avoir défendu les sentiments de ce saint docteur de l'Église, et particulièrement aux chanoines réguliers de la congrégation de Sainte-Geneviève.

Le premier dimanche du mois d'août, le P. Ambroise d'Auxerre capucin, prêchant dans l'église des Jacobins de Beauvais, parla du zèle que les prédicateurs devaient avoir pour résister aux hérésies, et décria les disciples de saint Augustin comme des hérétiques, de faux prophètes, gens qui prêchaient que J.-G. n'est pas mort pour tout le monde, qui voulaient se faire remarquer sous apparence de piété pour arriver enfin aux dignités de l'Eglise, aux évêchés, cardinautés (ce fut son mot) et même au papat. Il prit le peuple comme par la main en l'invitant de le suivre, dit qu'il les voulait mener tous au ciel par un chemin agréable, au lieu qu'on le leur faisait trop difficile ; que la dévotion 'au rosaire était une marque infaillible de prédestination, etc. Son gardien et plusieurs de ses confrères assistaient à cette prédication, et les libertins en tirèrent de grands avantages pour s'endurcir dans le mal.

Le P. Dom du Carouge', chartreux fort connu de tous les honnêtes gens de Paris pour sa doctrine et sa piété, mourut d'une esquinancie le 13 du mois d'août 1653, après avoir passé la plus grande partie de sa vie dans de très grandes douleurs causées par une goutte dont il avait été affligé dès l'âge de dix-neuf ans. Les disciples de Molina, qui ne l'aimaient point parce qu'il s'était toujours déclaré pour saint Augustin, publièrent que c'était la douleur de la constitution qui l'avait réduit en cet état, et qu'il était mort en janséniste sans avoir reçu les sacrements, quoique tous les chartreux eussent été extraordinairement édifiés de la sainteté de sa mort, qui avait été conforme à l'uniformité de sa vie chrétienne et religieuse. Ils reconnaissaient publiquement que les ayant instruits tous durant sa vie et leur

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