‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 140 sur 510 · Claude du Carrouge · texte numérisé non relu

Claude du Carrouge

ayant appris la science des saints par les entretiens qu'il leur faisait dans les visites qu'ils lui rendaient, il les avait tout à fait édifiés à sa mort par sa résignation et par la prompte obéissance qu'il rendit à Dieu qui l'appelait à lui. Il se confessa et reçut l'absolution de ses péchés avec de très grandes marques de contrition. Mais les disciples de Molina voulaient que le désespoir prétendu des religieux les plus exemplaires fût l'un des fruits de la constitution, et au lieu que la mort est le terme de la haine à l'égard de ceux qui ont quelque humanité, ces ennemis de la grâce de J.-G. portaient leur aversion jusqu'au-delà du tombeau.

L'un des plus célèbres magistrats de Rouen mandait le 16 de ce même, mois à un docteur de Paris son ami, qu'un docteur de la même Faculté, grand prédicateur, avait dit deux jours auparavant, dans la même ville de Rouen, que les ministres des huguenots se préparaient de décrier la constitution et de faire voir qu'elle détruisait la véritable doctrine de l'Église; et que comme tous les hérétiques qu'il connaissait parlaient ce même langage, il était visible que ceux qui se disaient disciples de saint Augustin étaient d'accord avec eux. Que la doctrine condamnée parla bulle étant celle qu'ils avaient soutenue, on prendrait ce dessein' des ennemis de l'Église pour une chose à laquelle ces mêmes disciples de saint Augustin avaient part, et que ce procédé des Calvinistes donnerait une atteinte mortelle à la réputation de ces derniers

Les partisans de Molina disaient dans Paris que les ministres de Charenton avaient déjà publié dans leur prêche la constitution du pape et l'avaient traduite comme si c'eût été la censure de la doctrine de saint Augustin; que de plus ils déclaraient qu'ils ne se contenteraient pas de cette publication, et qu'ils en parleraient encore dans leurs autres prêches. Tous ces bruits vagues et confus que les défenseurs de Molina répandaient de tous côtés ne tendaient qu'à rendre odieux à tous les enfants de l'Église les disciples de saint Augustin, au lieu que ces calomniateurs se devaient regarder eux-mêmes comme auteurs de tout le scandale par la fermeté avec laquelle ils soutenaient que le Saint Père avait condamné la doctrine de la grâce efficace nécessaire pour toutes les œuvres de piété. Il fallait avoir renoncé à toutes les règles du jugement et de la prudence pour soute-

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