LIVRE IX
ir comme ils faisaient, devant les huguenots, que c'était celte doctrine qui avait été condamnée par la bulle parce qu'elle détruisait la liberté de l'homme et le privait du pou- ^voir de mériter la gloire de Téternité. ^^m On se raillait à Paris dans ce temps-là de ce que les Jé- ^^BuiteS; pour engager un duc dans leur parti, avaient fait dé- ^^Bîer un livre manuscrit au pape par M. de Ventadour*, ^^Bhanoine de Notre-Dame, qui était plus considérable par ! sa naissance que par son érudition. Mais son nom était de quelque poids, et ces Pères, qui mettaient toutes choses ^^Hi usage, n'étaient pas fâchés qu'un proche parent de iM. le ^^•rince eût ainsi épousé leurs intérêts. I^f On reçut aussi le 22 de ce mois une lettre d'un Père de l'Oratoire de Lyon qui mandait ce qui s'était passé le mois précédent dans les Cordeliers de la même ville où l'on prêcha une octave de saint Bonaventure. Un capucin qui prêchait le mardi avait entrepris de prouver que ce saint avait été sur la terre un séraphin purgé, illuminé et perfectionné immédiatement de Dieu, et qu'ensuite il avait purgé, illuminé et perfectionné ceux de son ordre et tout le monde par la sainteté de sa vie et l'éminence de sa doctrine. Après avoir montré dans son premier point que ce même saint avait puisé toute sa doctrine de J.-C. même par les prières qu'il avait faites au pied de la croix, il s'écria : « Oh! que la doctrine de ce saint pour la morale est différente de celle qui courait il y a quelque temps et qui allait se glissant peu à peu dans les esprits de diverses personnes qui enseignaient que J.-C. n'est pas mort pour tous! Cellelà s'est puisée dans le sein de J.-C, et celle-ci est sortie des abîmes de l'enfer où les démons l'ont forgée. Comme ils ont misérables pour l'éternité, ils tâchent par toutes sortes e moyens d'attirer tous les hommes dans leurs abîmes our avoir un nombre infini de compagnons de leurs mières. Et comme ils savent qu'il n'y a point de plus puisante invention pour perdre les hommes que le désespoir, Is ont fait tous leurs efforts pour empoisonner les âmes du enin de cette opinion que J.-C. n'est pas mort pour tous,
1. Heuii de Lévis, duc de Ventadour, priûce de Maiibuisson [1596-1680), donna tous ses titres à son frère, se sépara de sa femme lont il n'avait pas d'enfants, et entra dans les ordres. Il devint chanoine de Notre-Dame en 1650,
afin de désespérer tous les hommes. » Et sur cela, il concluait que c'était avec beaucoup de prudence que Notre Saint Père avait condamné les jours précédents toute cette pernicieuse doctrine dans laquelle s'engageaient tous les jours de nouveaux partisans, jusque-là même que plusieurs personnes de diverses communautés religieuses se laissaient insensiblement gagner et abuser.
« Mais il faut croire, ajoutait-il en s'adressant à ses auditeurs, qu'il n'y avait personne dans ce parti qu'on appelait des Jansénistes qui n'y fût par l'un de ces deux motifs, ou par propre intérêt, ou par envie; par intérêt, car il est certain qu'il y avait des personnes gagées pour prêcher cette doctrine ou pour l'aller enseigner dans les maisons; par envie, parce qu'il y avait une certaine communauté dont les sentiments leur étaient contraires. »
Après avoir relevé le mérite de saint Bonaventure et de ses livres, il s'écriait en disant ces mots : « Voilà, disait-il, les livres qu'il faudrait lire pour être purgé, illuminé, perfectionné, et non pas tant de méchants livres, comme entre autres ces romans qui obscurcissent et précipitent les âmes dans les imperfections énormes du péché. Et ces autres livres faits en ces dernières années pour la défense de cette pernicieuse doctrine, livres pernicieux, livres dangereux, livres qui sont plutôt capables de souiller les âmes, de les obscurcir et de les jeter dans les désordres du péché que de les purger, éclairer et perfectionner. Si donc, concluait-il, vous rencontrez de ces méchants livres qui enseignent que J.-C. n'est pas mort pour tous, que je n'ai pas grâce suffisante pour éviter le péché, c'est-à-dire que je ne suis pas libre, mais forcé par la nécessité de pécher, gardez-vous bien de les lire, mais jetez-les promptement au feu, ni plus ni moins que les romans les plus dangereux. »
Un gentilhomme du diocèse de Langres mandait du 26 août qu'un curé de son canton avait eu la hardiesse de publier la constitution du pape sans ordre ni commandement de son évêque; qu*il avait recommandé à ses paroissiens de fuir les disciples de saint Augustin comme des hérétiques, comme des païens et des publicains, et que sitôt qu'il serait averti que quelqu'un serait dans ces sentiments, il le dénoncerait à M. le nonce. Il ne parlait pas de M. de Langres, son évêque, parce qu'il savait bien par une lettre que ce