CHAPITRE XXV
Calomnies répandues dans Rome par les Jésuites, par M. Hallier et ses collègues contre les amis des autres docteurs qui y avaient été députés par quelques évêques.
Il n'était pas juste que, les Jésuites et leurs partisans ayant entrepris de décrier dans toutes les villes de France les théologiens qui avaient été députés par quelques évêques pour la défense de la doctrine de saint Augustin, ces Pères et M. Hallier avec ses collègues ralentissent leur chaleur au milieu de Rome et s'abstinssent de persécuter comme des protecteurs d'hérétiques les amis de ces mêmes députés. Non seulement ils menacèrent le P. Petit, de l'Oratoire, et quelques autres de les faire mettre à l'Inquisition, mais ils s'efforcèrent encore de les rendre odieux à M. l'ambassadeur, les représentant comme perfides au roi de France et à leur patrie, et les accusant d'avoir commerce avec les cardinaux et quelques officiers qui étaient de la faction d'Espagne. Cependant ils ne voyaient pas que si cette accusation eût été recevable dans une affaire de doctrine, c'était eux-mêmes que l'on pouvait avec plus de raison accuser de ce crime d'état, puisqu'ils étaient tous les jours avec les Jésuites espagnols de nation et avec tous les autres qui étaient de la faction espagnole. Il n'y avait rien de plus ridicule que de faire ce reproche injuste à leurs adversaires pendant qu'eux-mêmes étaient continuellement attachés à M. le cardinal Barberin et lui rendaient de continuelles visites. Car M. notre ambassadeur avait rompu tout commerce avec ce cardinal depuis qu'il s'était mis dans les engagements du parti d'Espagne par l'alliance qu'il venait de faire, s'étant entièrement caché de lui dans toute cette négociation où il avait fait des choses que toute la cour de France considérait comme des marques d'infidélité et d'ingratitude. Les lettres écrites de Rome par les personnes les mieux instruites dans les affaires secrètes et dans les intérêts des couronnes en parlaient ainsi, et quelques-uns s'étonnaient du peu de jugement de M. Hallier de vouloir faire un crime d'état à des Français pour des actions de pur devoir et de civilité, pendant qu'il était lui-même beaucoup plus cou-