‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 151 sur 510 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

ses pour gagner des personnes capables de soutenir leur parti, qui dans cette vue ayant prêté plus de six cent mille livres à M. le cardinal de Retz le tenaient tellement engagé dans leurs intérêts qu'il était indubitable qu'il aurait agi dans toute l'étendue de son pouvoir s'ils eussent eu besoin de son secours dans la conjecture de leur condamnation.

Le pape, qui ne s'attendait pas à une déclaration si naïve, parut tout surpris d'entendre le discours que lui faisait ce docteur qu'il croyait sincère. M. l'ambassadeur s'en apercevant ne voulut point en demeurer là et le pressa de parler sur l'accusation injuste que l'on faisait à M. de Marca d'avoir trahi la cause de l'Eglise, en n'ayant pas fait au roi les remontrances dont le clergé l'avait chargé pour représenter à Sa Majesté la plaie que l'Église recevait de l'emprisonnement de M. le cardinal de Retz, archevêque de Paris, avec toute la force et la vigueur qu'un prélat du clergé de France était obligé de faire ; mais qu'il s'y était conduit comme un homme qui était d'intelligence avec les ennemis de ce cardinal et les principaux auteurs de son emprisonnement. Sur cela M. Hallier représenta que M. de Marca était l'un des évêques de France à qui l'Église avait le plus d'obligation, particulièrement dans les remontrances qu'il avait faites au roi en faveur de ce cardinal, où sa sagesse et son zèle l'avaient fait parler en évêque qui portait sur ses lèvres la vérité et la sincérité, et en sujet d'un roi très chrétien et très pieux qui savait ce qu'il devait à l'Église •et qui avait un conseil entièrement engagé dans les intérêts de l'Église ; qu'il avait remontré au roi ce que l'Église demandait de lui en cette rencontre et ce que sa piété et son zèle lui devaient; que ceux qui l'avaient accusé d'avoir parlé mollement et d'une manière indigne de son caractère [étaient de véritables calomniateurs, désignant par là ceux iqui agissaient dans Rome pour ce cardinal auprès de Sa Sainteté et de ses officiers.

Après avoir ainsi justifié M. de Marca, il s'étendit sur les [louanges de M. le cardinal Mazarin, représentant à Sa Sain- ^leté les obligations qu'il lui avait avec toute l'Église dans [une occasion de cette importance où tout autre ministre ^que lui n'aurait jamais réussi comme il avait fait. Il exagéra lie zèle qu'il avait pour l'Église et tâcha de faire voir qu'il

donnait en toutes rencontres des marques de l'amour qu'il avait pour elle.

Enfin, pour finir son discours selon que M. l'ambassadeur le conduisait, à propos de l'emprisonnement de M. le cardinal de Retz, par l'immunité ecclésiastique etparTautorité que les rois avaient sur leurs sujets de quelque condition qu'ils fussent, il expliqua au pape les différents sentiments des docteurs sur l'un et l'autre de ces deux points et lui fît envisager qu'il y avait plusieurs auteurs très graves qui enseignaient que les rois pouvaient agir avec toute la rigueur et la sévérité des lois sur leurs sujets lorsqu'ils troublaient leurs états, qu'ils étaient rebelles à leurs volontés et conspiraient avec leurs ennemis, et qu'en ce cas-là ils pouvaient se saisir de leurs personnes, quelque pelevés qu'ils fussent en dignité, et les retenir tant qu'ils auraient sujet de craindre qu'ils ne causassent des désordres dans leurs états.

Ceux qui connaissaient M. Rallier depuis longtemps et qui avaient remarqué qu'il s'était souvent fait un mérite d'être soupçonné d'être l'auteur de VOptatusGallus auraient eu peine à ouïr sortir de sa bouche des paroles si contraires à ses principes et véritables sentiments. Il était étrange qu'après avoir été si opposé à M. de Marca depuis la première édition de son livre : De la concorde de la royauté et de rÈglise, il devînt son panégyriste en parlant au pape même. Mais après avoir reçu tant de bons offices de M. le cardinal de Retz, qui l'avait tiré de l'infamie de laquelle son syndicat avait été sur le point d'être flétri, ils ne pouvaient attribuer qu'à une lâche et cruelle ingratitude le portrait horrible qu'il en faisait, et le crime dont il chargeait les disciples de saint Augustin d'avoir mérité son estime par leur déférence à l'autorité des prélats, par leur piété et par la capacité que leurs ennemis étaient obligés de reconnaître en leurs personnes. La malice de ceux qui avaient entrepris de les perdre n'a jamais pu faire voir qu'ils fussent engagés avec lui par aucune intrigue d'état ; mais il n'était nullement étrange que M. Hallier, qui avait commencé ses sollicitations à Rome par des calomnies, finît son ministère par des impostures, et qu'en abusant de l'opinion dans laquelle il était d'homme peu artificieux, il répandît jusque dans les oreilles de Sa Sainteté le veuiu dont sou cœur était rempli.

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