CHAPITRE ï
^^^ Ordonnance de M. Tévêque de Beau vais contre le mandement de son ^^H| chapitre.
^^K L'entreprise du chapitre de Beauvais contre l'autorité de son évêque par le mandement particulier que ces chanoines avaient fait au mois de juillet pour la publication de la bulle obligeait ce prélat à la réprimer par un acte aussi public que leur usurpation avait été scandaleuse. 11 ne s'agissait d'aucune injure personnelle qu'il eût reçue, mais des droits de l'épiscopat qui avaient été violés en sa personne, et il ne pouvait dissimuler cette injure sans une prévarication toute visible de l'honneur de son caractère.
11 tâcha donc de réprimer cet attentat par son ordonnance du 19 du mois de septembre adressée à tous ses diocésains*.
Cette ordonnance fut affichée aux portes de l'église cathédrale et à celles de toutes les églises de Beauvais, le 24 de septembre, jour de saint Matthieu. Le peuple la lut, et au sortir de la prédication que M. Hermant avait faite ce jour là dans cette catliédrale, y ayant été nommé par le chapitre selon l'usage qu'il observe trois ou quatre fois l'année en des fêtes particulières. Ce qui fait voir que jusqu'alors on ne regardait cette affaire que comme un point de juridiction, et que les chanoines les plus échauffés ne préten-
Idaient pas que la religion y fût intéressée, puisqu'ils n'auraient pas choisi pour prédicateur des louanges de saint Matthieu un homme aussi déclaré pour la doctrine de saint Augustin que Tétait M. Hermant, leur confrère. On aurait cru qu'après un acte aussi juridique et aussi bien raisonné que l'était cette ordonnance, des prêtres et
1. Suit une analyse au style indirect de l'ordonnance de Choart de Buzenval qui est imprimée avec la bulle et quelques autres pièces, 34 p. in-4».
des chanoines qui assistaient tous les jours à la célébration des saints mystères se rangeraient dans leur devoir, et qu'enfin, reconnaissant la juridiction de TEgliFe en la personne de celui qu'ils avaient si outrageusement offensé,, ils souffriraient en silence la confusion qu'ils venaient d'attirer sur eux. Mais ce qui leur devait être un remède salutaire ne servit qu'à faire croître de plus en plus leur orgueil. Ils s'élevèrent avec plus d'insolence que jamais contre leur propre père, ils le déchirèrent partout, ils firent de nouvelles conspirations contre son autorité, ils cherchèrent de nouveaux secours dans Paris pour détruire cet acte sacré, sans considérer que l'entrée du sanctuaire n'était permise qu'au souverain pontife k leur exclusion. Ils consultèrent des avocats, des docteurs et des Jésuites pour savoir s'ils ne pourraient point par eux mêmes annuler cette ordonnance qui déclarait ainsi nul leur mandement. Ils se vantèrent de la faire révoquer en plein Parlement sur l'appel comme d'abus que quelques-uns étaient d'avis d'interjeter, ou d'obtenir un arrêt du conseil de Sa Majesté qui le supprimerait. Mais ils ne firent ni l'un ni l'autre, parce que d'un côté ils considérèrent que le Parlement étant une justice réglée, leur procédé y serait inévitablement condamné, et que de l'autre ils ne voyaient pas que le Conseil fût encore assez bien disposé pour exécuter leur passion et leur vengeance, leurs calomnies et celles de leurs affidés n'y ayant pas fait encore toute l'impression qu'elles y firent dans la suite. — M. Chaillou, leur doyen, qui était alors à Paris avec un autre de leurs confrères nommé le sieur Clausse, qu'ils lui avaient donné pour assistant, ne cessait de déclamer dans toutes les compagnies oii il se trouvait contre cette ordonnance de M. l'évêque de Beauvais, et tâchait par tous les moyens imaginables de la faire passer comme l'ouvrage d'un homme emporté, pour la boutade d'un évêque qui s'oubliant de son devoir tâchait lui-même de maintenir ceux qui étaient rebelles à l'Église. Il rabattait de ses invectives si sanglantes les oreilles de tout le monde avec tant d'animosité et de chaleur qu'il se rendait insupportable aux personnes mêmes avec qui il avait le plus d'habitude. Cela importunait quelques dames avec lesquelles il passait le temps dans le jeu au lieu d'assister au service divin dans son église, ainsi qu'il y était indispensablement obligé, et