LIVRE X
puisqu'il recevait sa constitution, et qu'en parlant du jugement des évêques en première instance, il ne se servait point des termes de nécessité absolue, se contentant de dire qu'il eût été à souhaiter que cette décision touchant les points de la foi et de la grâce se fût faite d'abord, selon Tordre commun et l'ancienne tradition de l'Église, par les évêques du royaume à qui il appartient de droit, par l'essence de leur dignité et selon les formes canoniques, d'en faire le premier jugement oans un concile, à cause de l'importance de ces questions. Qu'enfin il n'y avait rien dans cette lettre qui pût faire naître le moindre soupçon que M. de Sens eût voulu entrer en discussion du jugement du pape; qu'il était trop sage et trop éclairé ; que cela n'appartenait ni à lui ni à aucun en particulier; mais qu'en ce point il s'en remettait entièrement au jugement et à la doctrine de l'Église, qui était la mère commune de tous ses enfants, et de ceux mêmes qui en étaient les pères.
Ces choses furent dites de vive voix et par écrit en deux ou trois rencontres dans des entretiens que ces théologiens eurent alors avec les émissaires de M. Cornet, dans le collège de Navarre et dans quelques autres maisons de leurs amis communs. Mais toutes ces réponses si sages ne servirent qu'à irriter de plus en plus ceux qui s'étaient blessés de plus en plus, et la chose alla si avant qu'un jour, dans un festin d'une célèbre communauté de théologiens, il y en eut qui ne pouvant plus supporter qu'on parlât de cette lettre, s'emportèrent à dire publiquement que c'était un des ouvrages des plus insolents qui eût paru en public depuis longtemps; que celui qui l'avait fait n'avait eu égard, ni [à] pape, ni à évêques, ni à cardinaux, ni à roi, ni à aucune puissance de la terre; qu'il s'était élevé au-dessus de tous par un impudence qui méritait d'être anathématisée, et que, pour peu qu'on attendît, on verrait que Rome ne lui épargnerait pas ses anathèmes.
On tint les mêmes discours en plusieurs endroits de TUniversité, et ce fut inutilement que les anciens amis de ces théologiens emportés lâchèrent de les remettre dans le bon sens avec toute la douceur et la modération possibles. L'un d'entre eux représenta à l'un des plus considérables et des plus emportés du parti de M. Cornet que cette lettre de M. de Sens n'avait rien qui ne fût conforme à la doctrine de
leur Faculté, qui avait toujours tenu et tenait encore alors que le pape est le chef de l'Église et le vicaire de J.-C. ici bas sur la terre et le successeur de saint Pierre ; qu'en cette qualité la sollicitude de toutes les églises lui appartient ; que lesévêques, chacun dans leurs églises, sont les pères et les pasteurs des fidèles qui les composent ; qu'ils représentent sur eux le souverain et l'invisible pasteur de leurs âmes; que c'est à eux à gouverner l'Eglise de Dieu, chacun dans la portion où il les a établis; qu'en qualité de pasteurs, ils doivent veiller à ce que leurs ouailles ne soient point infectées d'aucun venin, soit dans la doctrine qu'ils doivent tenir, soit dans la discipline qu'ils sont obligés d'observer; qu'ils assistent dans les conciles, ou avec le pape ou sans le pape, comme juges naturels des matières qui s'y traitent; que leur autorité en l'un et en l'autre point ne vient que de Dieu, qui l'a attachée à leur caractère]; que ce prélat n'avait fait que son devoir en représentant que le Saint Père [^aurait] pu suspendre son jugement pour le prononcer après que les évéques de France auraient fait le leur dans une assemblée, ou avec lui ou entre eux, selon l'usage de l'Église ; mais qu'il avait usé de termes très civils et très respectueux et s'était abstenu de trancher absolument la question; qu'il fallait avoir perdu et le sens et l'honneur pour trouver à redire à un ouvrage si excellent ; qu'on ne pouvait disconvenir que ce ne fût M. Cornet quiieût inventé les cinq propositions, ou au moins qu'on ne pût les lui attribuer sans faire un jugement téméraire du procédé qu'il avait tenu le premier jour de juillet de l'année 1649; que si ce docteur et les autres de son parti qui paraissaient si emportés étaient blessés de cet endroit, ils devaient néanmoins faire justice à cette lettre en reconnaissant qu'elle ne nommait personne, et que M. Cornet et tous ses adhérents soutenaient que ce n'était pas lui qui eût fabriqué ces propositions; que les disciples de saint Augustin pouvaient légitimement et sans blesser personne témoigner de la joie sur cette lettre^, après avoir été si maltraités par M. l'archevêque de Toulouse dans la lettre qu'il avait adressée au pape au nom de toute l'assemblée, où il avait affecté de les faire passer pour une secte d'hérétiques qui s'étaient soulevés contre l'Église, quoique cette même assemblée eût arrêté la chose d'une autre manière ; que la