‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 171 sur 510 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

voir jusqu'à quelle extrémité il emporta ces deux pasteurs'. L'élection des officiers de cette congrégation s'étant rencontrée dans la conjoncture de la réception de MM. Buisson et Kellis, MM. les curés de Saint-Germain de TAuxerrois et de Saint-Sulpice ne se signalèrent pas moins dans cette seconde affaire qu'ils avaient fait dans celle dont on vient de parler. Comme ils ne faisaient point de scrupule de calomnier leurs frères et de les traiter d'impies, de blasphémateurs et d'hérétiques, ils en faisaient encore moins de briguer les charges de cette compagnie qu'ils avaient dessein d'opprimer. Et quoique, selon l'aveu des plus sages et des plus éclairés, il y en eût plusieurs parmi les anciens qui méritaient mieux d'être élevés, avant même que l'on eût jeté les yeux [sur eux] pour les y faire entrer, ils ne laissèrent pas de former une forte cabale pour établir M. OUier, curé de Saint-Sulpice, dans la première charge de cette congrégation, et pour continuer l'un de leurs suppôts dans celle qu'il occupait, quoique [ses] déportements, sans rien dire davantage, l'en eussent rendu indigne.

Il employèrent pour cet effet tout ce que la prudence de la chair, qui ne veut pas dépendre^de la conduite de la divine Providence, met ordinairement en usage pour faire réussir une élection par la voie des hommes. Ils commencèrent par décrier ceux que l'on considérait ou pour les maintenir dans les charges qu'ils avaient déjà, ou pour les revêtir de celles où ils n'avaient pas encore été choisis. Ils dirent que js uns étaient jansénistes déclarés, et que les autres les Lvorisaient, quoique jusqu'alors ils se fussent toujours >nus dans une grande indifférence, sans s'expliquer sur ce >oint. Mais c'était assfezpour leur devenir suspects qu'ils ne issent pas de leur parti et qu'ils ne voulussent pas les liter dans leurs emportements. Ils ajoutèrent à cescalomlies une brigue si ouverte et si contraire aux règles de la |ustice et de l'honneur que les plus zélés pour la discipline le la compagnie furent contraints d'en donner avis à M. l'archevêque, et de lui faire connaître leur violence, ils menacèrent que si l'on mettait dans les charges ou des jansénistes lu des gens suspects de jansénisme, le roi interposerait

1. Le chapitre V e3t divisé ea deux parties au ms. Ici commence la jcoade ; la copie a supprimé cette division inutile.

^on autorité pour l'empêcher, et suggérèrent en même temps que si l'on en mettait d'autres qu'eux, ils passeraient pour suspects. Celui de leur cabale qui était déjà en charge fut même si imprudent et si aveugle qu'il envoya et porta lui-même dans les maisons des billets où il se nommait pour la charge qu'il occupait, et fit des actions manifestement contraires à l'autorité de M. le curé de Saint- Jean, vicaire général de M. l'archevêque en cette partie. Ces mêmes billets marquaient précisément le nom de celui qu'ils voulaient établir directeur à la place de M. l'évêque de Périgueux.

Un procédé si étrange et si scandaleux, étant venu à la connaissance de M. l'archevêque de Paris, lui donna tant d'indignation qu'il déclara indignes d'être élus pour aucune charge de cette congrégation ceux qui avaient eu assez de témérité pour les briguer en leur propre nom. Il ajouta même une exclusion formelle de M. le curé de Saint- Sulpice, ne voulant pas, pour des raisons particulières, qu'on l'élût à la charge de directeur.

Le jour de l'élection étant venu, et la compagnie s'étant assemblée pour y présider, elle nomma M. d'Aubigny % de la maison de Stuart et parent du roi d'Angleterre, pour succéder à M. de Périgueux, en conservant néanmoins à cet évêque l'honneur de présider à la congrégation tant qu'il serait dans Paris, et jusqu'à ce qu'il allât résider dans son diocèse, qui fut un honneur tout particulier qu'elle lui fît pour lui témoigner sa reconnaissance pour tous les bons offices qu'elle en avait reçus depuis qu'il y était entré. Le mérite de M. d'Aubigny était si connu de tout le monde, et il avait fait paraître en tant de rencontres une si rare sagesse et une si grande modération que la compagnie se fit un honneur de le nommer à cette charge et de le conjurer de la vouloir accepter quand elle reconnut que son humilité le portait à la refuser absolument. Car ce seigneur avait tant d'éloignement* pour toutes les charges, qu'encore que tous les particuliers qui composaient cette congrégation fussent convaincus de l'étendue de sa capacité et de la

1. Louis Stuart d'Aubigny (1619-1665), cinquième fils du duc de Richœond, fut abbé de Hautefontaine en 1647, puis chanoine de Notre-Dame. 11 mourut grand aumônier de la reine d'Angleterre.

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