‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 172 sur 510 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

force de son esprit, il résista néanmoins, à son élection, s'excusant sur son indignité et sur son peu d'expérience. L'horreur même qu'il avait de cette brigue que Ton avait faite pour M. Ollier avant son élection lui était encore une puissante raison pour tenir ferme à refuser cet emploi, dans la crainte qu'il avait que les plus sages et les mieux intentionnés n'eussent sollicité quelques-uns pour lui donner

fleurs suffrages. On procéda en même temps à la nomina-

^^^k)n des autres officiers, dont les uns furent confirmés et les

^Butres exclus.

^V Cette élection ayant été faite dans la liberté des suffrages et avec un consentement presque unanime de tous les électeurs, la compagnie députa vers M. l'archevêque de Paris pour lui en demander la confirmation. Ce prélat, qui connaissait toutes les excellentes qualités de M. d'Aubigny et le mérite des autres officiers ou élus ou confirmés, l'approuva sans difficulté, leur en témoignant beaucoup dejoie, et particulièrement du choix qu'ils avaient fait de la personne de ce prince pour la charge de directeur. Il voulut même la confirmer par un acte particulier en date du 13 du même mois, dans lequel, limitant à la simple présidence l'honneur qui avait été déféré à M. l'évêque de Périgueux, il déclare qu'il veut et entend que tous les actes, témoignages

P(t certificats qui émaneront de la compagnie, sous son auorité, soient expédiés au nom de M. d'Aubigny. Mais la vigueur de la congrégation dans une occasion si importante et la fermeté et la justice de M. l'archevêque de Paris, qui étaient capables d'édifier toutes les personnes équitables, irritèrent tellement MM. les curés de Saint-Ger- ^BlLain et de Saint-Sulpice et toutes les personnes de leur ^Hibale, qu'ils conçurent aussitôt le dessein de s'en plaindre ^Hirtout et de s'en venger, au lieu que les sentiments d'hu- ^HliUté et de bienséance devaient étouffer leurs plaintes et ^Bes obliger de faire voir dans leur conduite un entier éloignement de tous les honneurs de ce monde. Ils forgèrent des moyens de nullité si impertinents et si ridicules que tout le monde s'en moqua quand ils voulurent les débiter dans toutes les conversations. Mais comme l'affaire de

IM. Buisson et Kellis était encore en suspens, ils en atndaient l'événement pour se régler dans l'entreprise qu'ils

Ainsi, dès qu'ils virent que ces deux ecclésiastiques étaient reçus, ils ne tardèrent plus d'éclater contre leur propre compagnie par des moyens indignes de personnes de leur profession. Caries hommes sages et qui ont du respect pour la justice ont accoutumé de s'adresser régulièrement aux juges ordinaires dans toutes les affaires qui leur arrivent, et d'implorer leur secours contre ceux qui les oppriment. Il n'y a le plus souvent que ceux qui aiment le désordre et qui craignent les lumières et les règles de la justice qui s'adressent aux tribunaux étrangers et aux juges extraordinaires, qui ne peuvent être informés des matières dont il s'agit. Mais quand des pasteurs et des célèbres directeurs des consciences tombent eux-mêmes dans cet abus, ils sont beaucoup [plusjinexcusables que les autres. C'estnéanmoins ce que ces deux curés de Paris Qrent dans une affaire de cette importance ; et bien que la congrégation de la Propagation delà foi ne leur eût fait que justice, et qu'ils l'eussent eux-mêmes outragée dans cette élection et dans la réception de ces deux ecclésiastiques, ils ne laissèrent pas néanmoins de l'accuser d'avoir agi en ce point contre ces règles et d'avoir admis parmi les siens des prêtres qu'ils prétendaient en devoir être exclus. Us s'adressèrent au conseil de Sa Majesté après l'avoir surpris par toutes leurs calomnies; ils méprisèrent la justice de M. l'archevêque de Paris, qui était leur légitime supérieur, et les censures de l'Église. Et comme il s'agissait de nullité et d'abus, au lieu de s'adresser au Parlement, qui en devait connaître selon l'usage de ce royaume, ils rejetèrent cette voie parce qu'ils désespéraient de lui pouvoir imposer, ils aimèrent mieux avoir recours au conseil de Sa Majesté, où ayant plus d'accès et plus de crédit que leurs parties, ils crurent y pouvoir faire valoir plus aisément leurs impostures. Pour cet effet, ils y présentèrent une requête sous prétexte de plusieurs prétendus défauts dans l'élection des officiers, disant que l'on y avait violé les règles; que sans raison et sans forme de justice on y avait privé de voix active et passive et de son office même le secrétaire de la congrégation ; et que l'on avait reçu dans la compagnie deux ecclésiastiques contre les formes, sans avoir eu le consentement de M. le directeur. Ils se servaient de ce prétexte pour empêcher leur réception, quoiqu'il n'y eût point d'autre cause pour exclure ces deux

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