‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 174 sur 510 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Jésuites troublent le diocèse d'Orléaas à Toccasion de la nouvelle bulle.

C'eût été UQe chose fort surprenante si les Jésuites excitant tous les jours de nouveaux tumultes dans les principales villes du royaume, celle d'Orléans eût échappé à leurs intrigues. Ils en prirent le prétexte de la publication même 'de cette constitution. Car M. Alphonse d'Elbène, son évêque, qui aimait la paix sur toutes choses, et qui était persuadé que, pour la maintenir dans son diocèse, il ne devait parler dans son mandement ni du sens des cinq propositions, ni de son auteur, parce qu'il n'y avait nul différend sur ce sujet parmi les siens, se conforma aux intentions de M. le cardinal Mazarin et à celle des évêques de l'assemblée du Louvre, et se contenta de ne parler que des propositions en général, en obligeant ses diocésains de les condamner dans leur sens formel et précis.

Après que son mandement fut publié dans son diocèse, on y vit un calme merveilleux; mais comme il n'y avait fait nulle mention de Jansénius, les Jésuites, qui crurent qu'il était favorable aux disciples de saint Augustin, le décrièrent, mais sourdement, de peur de s'engager dans quelque fâcheuse affaire avec ce prélat, et attendirent quelque occasion plus avantageuse pour faire éclater leur ressentiment d'une autre manière. Enfin l'inquiétude qui leur est na,turelle les porta à déférer ce mandemeut à Son Altesse royale Ms^ le duc d'Orléans, et [ilsj l'accusèrent devant ce prince, comme un acte tout à fait contraire à la constitution du pape et à l'intention deséveques qui l'avaient reçue, et qui maintenait les disciples de saint Augustin dans leurs erreurs.

11 était malaisé que ce prince, qui faisait une estime toute particulière de M. l'évéque d'Orléans, crût légèrement une accusation de cette importance ; et comme les intérêts du prétendu Jansénisme n'étaient pas encore assez bien démêlés dans son esprit, il fit tout ce que les personnes sages doivent faire en pareilles occasions, et suspendit son jugement, jusqu'à ce qu'il se fût informé lui-même de la vérité,

ne pouvant pas se persuader que ce prélat eût voulu manquer à son devoir dans une rencontre si célèbre, où on lui représentait qu'il s'agissait de la foi de l'Église et de Tautorité du Saint Père.

Il arriva quelque temps après que ce prince eut affaire avec M. Meusnier, docteur de la société de Sorbonne, doyen d'Orléans, vicaire général et officiai de ce prélat, et après lui avoir fait des reproches du mandement de son évéque, il lui demanda quels motifs il avait pu avoir de n'avoir pas plus considéré qu'il n'avait fait les maximes de la foi et l'autorité du Saint-Siège. Ce docteur lui répondit que M. l'évéque d'Orléans n'avait pu agir autrement en cette rencontre que de se conformer aux intentions des évêques assemblés au Louvre qui avaient reçu la constitution en présence de M. le cardinal Mazarin; qu'il s'était servi de leurs propres termes pour composer son mandement, qu'ils avaient jugé à propos de ne pas exprimer le nom de M. Jansénius, évéque d'Ypres, dans leur lettre circulaire, ni dans le formulaire de leur mandement commun, parce qu'il n'était pas constant que ces propositions fussent de lui; qu'il ne se pouvait pas parler du pape avec plus de respect et plus de reconnaissance pour son autorité qu'avait fait M. l'évéque d'Orléans, puisqu'il avait fait publier la constitution, et ordonner qu'on la reçût et que tous ceux de son diocèse s'y soumissent, avec défense d'enseigner ni de prêcher jamais les propositions qui y étaient condamnées, sous peine d'encourir les censures ecclésiastiques; que tous ceux qui dépendaient de lui avaient rendu à son mandement toute la déférence qu'il pouvait désirer, et qu'il n'y avait aucun particulier qui y eût trouvé à redire; que le calme était si grand dans sa ville et dans tout le diocèse qu'il n'y en avait pas un qui ne remerciât Dieu de cette bénédiction, et que s'il y avait quelques particuliers qui y trouvassent à redire, ils n'avaient qu'à s'adresser à M. Tévêque même, qui leur expliquerait ses intentions et leur ferait comprendre que son mandement était hors d'atteinte de toute censure ; qu'il était conforme à celui qui avait été concerté par M. le cardinal Mazarin et par les évêques assemblés avec lui ; mais surtout qu'il ne devait pas être conçu autrement pour rendre au pape tout le respect et toute l'obéissance qui lui étaient dus.

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