‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 177 sur 510 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

pouvaient prouver, il les pressa de déclarer en quoi il avait manqué, en quelle ville, en quels lieux, en quelles chaires il avait publié les erreurs qu'ils lui reprochaient, et en quelles écoles il les avait débitées. Il prouva par la condamnation qu'il fit des cinq propositions dans leur sens propre et naturel selon les termes qu'elles contenaient, qu'ils étaient des calomniateurs, et les confondit avec tant de douceur et tant de force que pas un de ceux qui avaient l'autorité de lui imposer silence ne mit la moindre opposition à son dessein. Ses supérieurs demeurèrent très satisfaits de sa conduite et déclarèrent que sa doctrine était très pure et sa foi très orthodoxe. Étant donc monté dans la chaire de cette église, il y acquit tant d'estime et de réputation par le succès de cette action si importante que toute la ville de Blois en demeura tout à fait édifiée, et ses auditeurs, dont le concours était extraordinaire à cause de l'éclat de cette affaire et de l'opposition des Cordeliers, lui donnèrent des louanges publiques et reprochèrent à ses adversaires Tinjustice de leur emportement.

Vers ce temps-là les Jésuites commirent un grand excès dans Arras afin d'y faire naître la nécessité d'y publier la constitution. Il y avait en cette ville-là un très célèbre officiai durant la vacance du siège, nommé M. Hanotel. C'était un homme très sage et très zélé pour la paix; et comme il avait une entière connaissance des nécessités du diocèse et de la ville d'Arras, et qu'il n'entendait non plus parler en ce pays-là des disputes qu'y avait attirées la constitution que si jamais il n'y eût eu ni constitution, ni disputes, il se tenait en repos sur ce sujet, ne jugeant point à propos de faire la publication d'une censure du fond de laquelle tous les diocésains d'Arras étaient si ignorants. Mais les Jésuites, qui ne pensaient qu'à étendre leurs victoires et leurs triomphes, firent tous leurs efforts pour animer cet homme de paix et pour lui faire comprendre qu'il y avait dans Arras et dans le sein du diocèse des jansénistes cachés. Ils portèrent la constitution partout, et publièrent qu'il y avait un parti de nouveaux hérétiques qui soutenaient des blasphèmes contre Dieu et des erreurs contre la foi, qu'il fallait les reconnaître pour pouvoir les éviter, le tout afin de porter ce sage officier à passer par dessus les Tègles de la prudence et de la nécessité, et l'obliger de faire

cette publication qu'il jugeait non seulement inutile, mais aussi d'une conséquence très dangereuse pour la paix dont l'Eglise d'Arras jouissait. Us alarmèrent la plupart des bourgeois et des officiers par la fausse terreur de maux imaginaires qui ne les regardaient point, dont la vigilance de cet officier les avait mis à couvert. Ils suscitèrent contre lui un parti par leurs intrigues, et s'opiniâtrèrent de ne le laisser point en repos qu'il n'eût fait cette publication.

A Poitiers, les Jésuites déchargèrent leur aversion contre la grâce efficace, et crurent que la nouvelle constitution leur donnait droit de blasphémer contre l'opération de Dieu dans les âmes. Leur P. Ruatin, ne pouvant souffrir que Dieu fût le maître absolu de la volonté de l'homme et qu'il lui fît faire le bien parla force et la puissance de son amour, traita en pleine chaire cette doctrine de suspecte et condamnée par les papes et les évêques, et afin de gagner la créance de ses auditeurs par quelque effort d'une extraordinaire hardiesse, il entreprit de prouver d'une manière impérieuse et prophétique que la volonté de l'homme était si puissante dans les bonnes œuvres dont elle était le principe qu'elle mettait des bornes à la puissance et à la volonté de Dieu ; et que, comme Dieu avait dit à la mer qu'étant venue jusqu'à de petits grains de sable elle serait contrainte d'y briser ses flots, ainsi, quand il grossirait et qu'il enflerait toutes les vagues de sa toute puissance, le libre-arbitre les briserait et les dissiperait, et que quand Dieu mettrait toutes choses en usage et ferait tous ses efforts, l'homme dirait toujours : Je n'en ferai rien. Ce discours impie fut écouté avec tant d'horreur qu'il n'y eut presque pas un des auditeurs qui n'en fût scandalisé et qui ne détestât un si prodigieux emportement. Quelques-uns, touchés d'un si grand excès, et qui savaient d'ailleurs que le général des Jésuites leur avait fait défense de s'emporter sur la bulle et d'en dire rien qui pût donner le moindre scandale, se plaignirent à ce Père de cet outrage qu'il venait de faire contre la divine Vérité et lui demandèrent s'il n'était pas vrai que son général lui avait imposé silence et à ses confrères sur ces matières depuis l'envoi de la constitution; et comme ils reconnurent qu'il en tombait luimême d'accord, ils furent encore surpris davantage, voyant la témérité qu'il avait eue d'avancer une proposition si exor-

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