LIVRE X
bitante en pleine chaire en présence de J.-G. et de ses autels.
Dans la même ville de Poitiers, l'un des plus célèbres suppôts de toute la société, des plus puissants et des plus riches de leur congrégation, entendant parler des excès que les Pères commettaient dans la morale et comment on déplorait la licence furieuse que se donnaient leurs nouveaux casuites, il surprit tous les assistants par la hardiesse qu'il eut de vouloir établir ce principe abominable : que quand il se forme quelque dispute dans l'Église sur quelque point de doctrine, il faut toujours embrasser les opinions qui flattent le plus nos sens et qui sont les plus conformes à notre raison, parce que la toute puissance de Dieu les ayant formées en chacun de nous, il n'y avait personne qui n'en pût user légitimement selon le principe de son établissement. De sorte que selon cette maxime épicurienne et sacrilège, il exposait tous les hommes à rechercher en toute chose le plaisir et la satisfaction de leurs sens, à mépriser l'arrêt que Dieu à prononcé contre Adam et sa postérité, à anéantir le mystère de la croix, et à abolir l'obligation que nous avons de la porter tous les jours. Mais il ne parlait que comme l'écho des Jésuites.
On pouvait ajouter à tous ces emportements Texcès que le P. André Boulanger^, de l'ordre des Hermites de saint Augustin, commit dans la même ville le jour de son saint patriarche, attribuant faussement à ceux qu'il appelait jansénistes de tenir que le libre arbitre était dans les hommes comme une souche et un instrument inanimé qui n'avait ni mouvement ni action, et quantité d'autres extravagances. Mais comme ce pauvre religieux avait été connu par toute la France pour être capable de semblables égarements, on ne fut pas fort surpris de cette boutade.
Le P. Mulard, cordelier, qui se trouva alors à Poitiers, n'était pas capable de s'y taire^ se sentant soutenu du sieur Filleau, avocat du roi au présidial et des Jésuites; il allait par les maisons pour prouver à ceux qui lui donnaient au-
1. André Boulanger ou Boullenger (1577-1657), connu sous le nom de « Petit Père André », prêcha pendant 45 ans avec un très grand succès. Le fameux Songe du P. André est cependant un plaidoyer en faveur des disciples de saint Augustin. Le « pauvre religieux », comme dit Hermaut, était capable de grandes variations.
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dience que les cinq propositions étaient extraites mot à mot de Jansénius. Et quoiqu'il ne pût alléguer aucun endroit de ce livre pour prouver cette fausseté, il produisait des passages que les Jésuites lui avaient fournis, assurant que si elles n'eussent été dans ce livre, le pape, qui était la règle de la vérité, se serait bien donné de garde d'en faire aucune mention dans sa constitution. Et sur ce qu'on lui représentait l'écrit de la distinction des sens auquel Sa Sainteté avait déféré en faisant la censure des propositions, qui était contraire aux assurances qu'il voulait donner, il protesta que les Jansénistes avaient fabriqué cet écrit après coup pour éluder la force de la constitution; mais que M. Hallier, son cousin, était demeuré à Rome pour le faire censurer par une nouvelle bulle qui le condamnerait formellement, et qu'il était assuré de l'obtenir. Il débitait cette fausse lettre circulaire des disciples de saint Augustin dont on a parlé ci-dessus * ; il imposait à M. Singlin d'avoir laissé mourir M. de Ghavigny sans absolution et. sans viatique, et racontait en sa manière ce qui s'était passé dans son testament*. Le P. Bonnet", jésuite, s'était vanté dans cette occasion de réfuter l'écrit de la distinction des sens; mais dans la suite il jugea à propos de n'en rien faire.
A Caen, M. Simon, docteur de Paris, qui prêchait dans l'abbaye de la Trinité, avait d'abord été surpris par le contenu de la constitution et s'était persuadé que la grâce suffisante y avait été établie, de sorte qu'ayant eu jusqu'alors un grand respect pour la doctrine de saint Augustin, il avait en quelque manière changé de langage et parlé selon l'inclination des Jésuites, qui ne manquèrent pas de lui applaudir comme s'il eût tenu pour Molina. Mais ayant été détrompé par un docteur de ses amis qui passa par Caen et lui fit connaître que Sa Sainteté n'avait nullement touché par sa constitution à la doctrine de saint Augustin ni établi celle de Molina, il déclara dans la suite qu'il n'avait entendu parler que des grâces extérieures dans tout ce qu'il avait dit, et qu'il croyait que l'amour de Dieu était tellement né-