‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 179 sur 510 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

^^■cessaire pour accomplir les bonnes œuvres que sans lui I^Jrhomme n'était capable d'en faire aucune ; et qu'il le rendait plus libre, plus fort et plus vigoureux pour résister aux tentations et pour accomplir tout ce que Dieu lui ordonnait. Ce fut alors que les Jésuites, l'accusant de légèreté et d'héfrésie, le décrièrent dans tous les parloirs du monastère où il prêchait, et portèrent l'abbesse à empêcher de l'écouter, le peur qu'il ne corrompît l'esprit de ses religieuses. Mais la fermeté de l'abbesse maintint son prédicateur, parce u'elle était convaincue de sa probité et de sa foi orthodoxe. A Lyon, les Jésuites voulurent enchérir sur tout ce qu'ils Lvaient fait jusque là. M. Puy, secrétaire de Saint-Nizier, iprès avoir publié la constitution d'une manière conforme l'intention des évêques assemblés, sans rien ajouter aux termes de la constitution, sinon que la doctrine de saint .ugustin n'avait reçu nulle atteinte par cette censure, les [ésuites continuèrent à le rendre odieux et lui attribuèrent Phérésie imaginaire qui était le crime de ceux qui n'entraient pas aveuglement dans toutes leurs passions. Et parce que l'on blâmait leur général d'avoir permis que leur P. Pallavicini * eût été du nombre des consulteurs choisis par le pape pour l'examen des cinq propositions, ils soutinrent avec une effronterie effroyable, et détruite par toutes les circonstances rapportées ci-dessus, que ce Père était ennemi de leur compagnie ; qu'il était entré de lui-même dans cette congrégation, et que, leur étant suspect, ils eussent souhaité qu'il eût été retranché du nombre des consulteurs.

La réconciliation du Père général de l'Oratoire avec les Jésuites ne garantit pas ses confrères de Langres et de Dijon de la calomnie de ces Pères, qui obligeaient leurs écoliers de déclarer de leur part à leurs parents que les prêtres de l'Oratoire étaient des hérétiques avec lesquels ils ne devaient avoir nulle liaison et qu'il fallait éviter. Mais quelques-uns des plus considérables s'étant adressés à M. l'évêque de Langres pour mettre leur conscience en repos, il rendit un

1. Pierre Sforza Pallavicini (1607-1667), abandonna en 1638 tousses bénéfices ecclésiastiques pour se faire jésuite. Le pape Innocent X le chargea de plusieurs affaires importantes, et Alexandre Vil, son ami, le fit cardinal en 1657. Son principal ouvrage est ï Histoire du Concile de Trente.

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ample et glorieux témoignage à la vérité, à la doctrine de saint Augustin et à l'innocence de ces Pères.

Dans Paris, les prédicateurs contraires à la doctrine de saint Augustin s'efforçaient de tous côtés de faire entendre aux peuples qu'il y avait parmi eux des loups revêtus de la peau des brebis, et qu'il les fallait éviter parce que leur doctrine tuait et empoisonnait les âmes. C'était le langage ordinaire de M. Amiot dans Saint-Merry; de M. Ollier dans Saint-Sulpice, de M. Golombet dans Saint-Germain de TAuxerrois. Mais l'excès le plus signalé fut celui qui fut commis dans l'église de Saint-André des Arts, où celui qui annonçait la parole de Dieu entreprit de prouver dans ses prédications qu'il y avait de nouveaux docteurs qui avaient enseigné les cinq propositions condamnées par le pape, et de réfuter tout ensemble chaque proposition en particulier. Et après avoir établi la grâce suffisante par les principes ordinaires de Molina, il en donna une particulière aux enfants mêmes qui meurent dans le sein de leurs mères.

A Châlons, le P. Nathanaël, récollet, fut si téméraire qu'au lieu de demeurer dans le silence depuis qu'il avait été interdit par son évêque et par son supérieur, et d'effacer par ses larmes le mal qu'il avait commis par son scandale, il alla de maison en maison chez ceux qui étaient plus susceptibles de ses mauvaises impressions pour les irriter contre leur père et leur pasteur, qu'il accusa d'être un fauteur d'hérétiques et d'avoir erré dans la foi, quoiqu'il n'y eût aucun homme de bien dans son diocèse qui n'eût de la vénération pour la pureté de sa doctrine et de sa foi aussi bien que pour la sainteté de ses mœurs. Il fut si aveugle, et ses partisans eurent tant de vanité, qu'ils firent courir le bruit que le roi qui allait dans cette province pour des affaires très importantes de son état n'avait entrepris ce voyage que pour apaiser les troubles qui s'étaient formés pour la défense de ce religieux révolté.

Voilà quelques échantillons des mauvais effets qui furent les suites de la publication de la bulle par l'inquiétude et l'animosité des Jésuites qui n'obéirent ni au pape ni au général, et abusèrent de la crédulité de tous ceux qu'ils jugèrent capables d'entrer dans la chaleur indiscrète de leur passion.

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