CHAPITRE X
Faux bruits que les Jésuites firent courir à Paris touchant les députés des évêques de France pour la cause de saint Augustin.
Ce n'était pas assez aux Jésuites, pour assouvir leur passion, d'avoir fait sortir de Rome M. de La Lane et ses collègues députés pour la cause de saint Augustin sans fourrier, sans flambeaux, et sans indulgences. Après ces premières calomnies, qui avaient prévenu leur retour, ils en inventèrent une seconde sur la fin du mois de septembre, et les accusèrent d'avoir affecté de passer par des villes où ils avaient cru pouvoir alarmer tous ceux qui étaient mal intentionnés contre le pape et contre sa cour, pour les exciter à faire de nouvelles entreprises contre le Saint Siège.
Dans cet esprit, ils publièrent à Paris et en plusieurs autres endroits qu'au sortir de Rome ils s'étaient retirés à Venise, où ils avaient répandu partout que le pape avait condamné la doctrine du grand saint Augustin pour en autoriser une toute nouvelle qui lui était directement opposée ; que non contents de calomnier ainsi Sa Sainteté et sa constitution, ils avaient fait imprimer un livre où ils prétendaient faire voir que saint Augustin avait été condamné par les Pélagiens, c'est-à-dire par le pape et par la congrégation qu'il avait établie pour l'affaire des cinq propositions qu'ils qualifiaient d'être pélagiennes; que dans ce livre ils prouvaient que les cinq propositions censurées par la constitution étant les maximes fondamentales de ce grand docteur, elles n'avaient pu être condamnées sans que leur censure retombât sur sa doctrine toute céleste; qu'ils y représentaient qu'ils avaient fait tous leurs efforts pour faire comprendre cette vérité aux cardinaux qui composaient cette congrégation, mais qu'on ne les avait jamais voulu écouter, quelques remontrances qu'ils eussent pu faire.
On sut à Paris, par les lettres [que] M. Puy en écrivit à quelques-uns de ses amis, qu'ils débitaient à Lyon toutes