LIVRE X
ces extravagances^ et que le pape, ayant appris cette nouvelle^ s'en était tellement mis en colère qu'il avait protesté que si elle se trouvait véritable, il mettrait bientôt tous les livres des Jansénistes à l'Inquisition et les censurerait tous. Mais c'était encore trop peu pour les Jésuites que de débiter ces calomnies. Vers le même temps ils publièrent que M. de La Lane et ses collègues avaient fait ligue avec les hérétiques, et qu'en passant par Zurich ils l'avaient confirmée dans un festin avec les ministres qui s'y trouvèrent alors, et avec les plus célèbres hérétiques qui y avaient été invités. Tout Paris se trouva si étrangement prévenu par celte imposture que quelques-uns des défenseurs de la doctrine de saint Augustin en furent persécutés par ceux qui s'attachent toujours aux apparences sans examiner le fond des choses; et de quelques raisons qu'ils se servissent pour détruire cette calomnie, néanmoins ce bruit était tellement circonstancié qu'il leur était presque impossible de persuader le contraire. Car ces Pères faisaient entrer dans cette ligue les plus considérables ministres de tous les cantons huguenots; ils les faisaient accompagner des anciens et des plus célèbres de leurs assemblées. Us assuraient que ces députés, s'étant présentés à eux, les avaient été saluer les premiers; ils soutenaient que le Père Des Mares les avait harangués comme étant le plus éloquent d'entre e'-ix; qu'il leur avait exposé tout le mauvais traitement qu'ils avaient reçu à Rome où ils leur avaient déclaré qu'on avait condamné la doctrine de l'Église et la foi des Pères touchant la grâce en y censurant la doctrine de saint Augustin dans las cinq propositions; que c'était un traitement si injuste et si contraire aux règles de l'équité et de la charité qu'ils ne pouvaient plus s'empêcher de reconnaître qu'il y avait plus de charité dans le parti de ceux à qui ils parlaient, et que la doctrine de l'Église y était mieux respectée que dans Rome ; que ces ministres^ les ayant embrassés, leur avaient promis toutes choses de leur part; qu'ils les avaient consolés en leur témoignant qu'ils s'étaient toujours bien imaiginé que leur députation se terminerait à ce qui était arrivé, ainsi qu'on leur avait déjà mandé de Rome; qu'ils s'étaient même étonnés comment ces disciples de saint Augustin et les évêques dont ils étaient les députés n'avaient pas prévu que dans cette Babylone la vérité qu'ils avaient proposé d'y
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défendre serait très certainement condamnée, parce qu'on s'y était mis depuis longtemps en possession de condamner toute sorte de vérité.
Les Jésuites ajoutaient qu'ensuite les ministres avaient régalé ces députés d'un agréable festin, durant lequel on déchira en pleine liberté Rome, le pape, les cardinaux et tous les autres officiers qui avaient eu part à cette affaire. On loua hautement ceux qui avaient enfin ouvert les yeux sur le scandale que l'Église souffrait depuis tant de siècles, et qui prenaient la résolution d'entrer dans la sainte liberté des enfants de Dieu pour se délivrer de cette servitude oîi tous ceux qui reconnaissaient le pape pour chef de l'Eglise de J.-G. étaient engagés d'une manière qui leur faisait à tous beaucoup de pitié ; que l'on y but à la santé les uns des autres sur la sainte union qu'ils juraient ensemble ; qu'après le festin cette union qu'ils avaient jurée auparavant fut ratifiée, et qu'ih s'embrassèrent en signe de considération, et que le lendemain les mêmes hérétiques qui l'avaient jurée vinrent rendre visite aux députés des évêques.
Quelques huguenots de Paris avaient reçu des lettres de Zurich qui disaient bien que les ministres avaient régalé M. de La Lane et ses collègues, mais elles ne faisaient nulle mention de cette union chimérique, ni de cette harangue du P. Des Mares, ni de toutes ces circonstances odieuses qui faisaient dégénérer une action de pure civilité en une conjuration publique contre l'Église.
Les plus célèbres et les plus sages du parti des huguenots témoignèrent à quelques-uns des disciples de saint Augustin qui étaient de leur connaissance, et entre les autres M. Conrart à M. Taignier, que cette manière d'agir était indigne de chrétiens, et blâmable môme dans des païens et des barbares; que si les Jésuites voulaient calomnier leurs ennemis qui étaient leurs frères, ils devaient au moins le faire avec plus d'honneur, sans y mêler des personnes qui pouvaient mettre toute leur malice à découvert par le simple exposé des choses comme elles s'étaient passées ; qu'ils étaient surpris de voir comment la plupart des catholiques se laissaient ainsi abuser par des prêtres et des religieux qui avaient déjà été convaincus tant de fois de fausseté et de mensonge dans cette même affaire; qu'ils devaient considérer qu'en France les édits permettaient aux catholiques de vivre avec