‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 189 sur 510 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

les huguenots, de boire et de manger avec eux, qu'on peut en user ainsi sans aucun crime, et que ces mêmes édits étaient également favorables aux disciples de saint Augustin et aux Jésuites. iMais qu'outre ces considérations générales, il était certain que les députés des évêques pour saint Augustin s'étaient entretenus avec les ministres sur les points de controverse, et qu'encore que ces messieurs ne se fussent pas rencontrés de même sentiment avec eux, néanmoins l'entretien s'était passé avec tant de civilité, de modération et de sagesse qu'ils avaient eu tout sujet d'estimer cette rencontre et d'en écrire aux principaux de Charenton d'une manière qui était toute contraire au récit que les Jésuites en faisaient.

Cette déclaration faite par les huguenots, qui étaient les seuls qui pouvaient tirer plus d'avantage de cette prétendue union, ne rendit pas plus retenus les Jésuites à qui elle ne fut pas inconnue; et quoiqu'elle confondît cette calomnie d'une manière qui ne pouvait souffrir de répartie, néanmoins ils ne laissèrent pas de débiter cette honteuse nouvelle. Les plus sages leur remontrèrent inutilement que quand il n'y aurait eu que l'uniformité de la bonne vie que ces députés pour la cause de saint Augustin avaient menée en Sorbonne, au collège de Navarre, et dans la congrégation de l'Oratoire, c'était assez pour convaincre ce bruit de fausseté, et qu'ainsi il fallait croire que s'ils s'étaient rencontrés avec les ministres de Zurich, c'était dans une maison qu'ils n'avaient pu éviter, et que s'ils avaient mangé avec eux apparemment c'aurait été dans une hôtellerie où ils s'étaient trouvés à la table d'hôte, comme en ces occasions on se met indifféremment avec tous ceux qui s'y rencontrent.

La chose se vérifia dans la suite en la manière que M. de Saint-Amour la rapporte dans son Journal, où l'on voit que ces ministres s'étant mis à la table de l'hôte comme malgré ces députés des évêques, ils disputèrent de part et d'autre de la matière de la justification, de la primauté du pape, de rinvocation des saints, et de quelques autres; que le P. Des Mares fut celui qui y parla le plus de la part des catholiques; et que tous quatre ils firent valoir la déclaration que le pape leur avait faite en faveur de saint Augustin pour ^Kr empêcher que les ministres ne tirassent tout l'avantage de

cette constitution, pour empêcher que ces protestants n'en triomphassent ainsi qu'ils commençaient déjà à faire.

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