CHAPITRE XI
Intrigues et emportements des Jésuites et de leurs partisans dans Poitiers, sur le sujet de la constitution.
Dès le 15^ jour du mois d'août de cette année 4653, MM. du chapitre de Poitiers avaient fait publier la constitution du pape pendant la vacance du siège. Mais comme leur mandement ne satisfaisait pas tout à fait la passion des Jésuites, parce qu'il ne parlait pas assez clairement selon leur dessein et ne notait point assez distinctement les prétendus Jansénistes, ils s'avisèrent de faire courir une lettre que M. le cardinal Antoine, nommé à l'évêché de Poitiers, avait écrite au sieur Filleau, avocat du roi au siège présidial de la même ville, sur le sujet de la même constitution, avec celle du sieur Baudran', secrétaire de ce cardinal. Mais ces deux lettres ne produisirent aucun effet, car celle du sieur Baudran paraissait avoir été mendiée pour relever la députation de M. Hallier et pour répondre à la lettre du 16 juin précédent, qui avait été écrite touchant les députés pour la doctrine de saint Augustin. Tout le monde leur soutenait que ceux qu'ils accusaient faussement de jansénisme condamnaient les cinq propositions dont parlait le cardinal, qu'ils étaient très catholiques, et que l'accusation qu'ils faisaient de leur foi et de leur doctrine était une calomnie.
Ils employèrent donc deux autres moyens, dont l'un fut le mandement de M. l'archevêque de Paris, qu'ils portèrent de maison en maison pour faire voir que l'affaire était terminée et que les disciples de saint Augustin étaient condamnés par le pape et par leur propre archevêque. Et afin de mieux faire valoir ce mandement, ils supposèrent faussement que l'on avait fait diverses assemblées dans Tabbaye de Saint-Cyran pour remédier aux maux que toutes ces pièces causaient au prétendu parti. Ils ajoutaient même dans cet esprit de calomnie qu'on y avait dressé un écrit anonyme en forme de résolution d'une question importante
1. Miciiel-Autoine Baudrand (1633-1700), secrétaire du cardinal Antoine Barberin, et dans la suite conclaviste du cardinal Le Camus.