‹ Mémoires sur l'histoire ecclésiastique du XVIIe siècle (1630-1663) (volume 3)Chapitre 191 sur 510 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

lur justifier que les évêques avaient dû juger des propoitions en première instance avant que d'avoir recours au pape^ et que ce qui avait été fait préjudiciait au droit des évêques, à qui il appartenait de connaître les premiers des causes majeures et particulièrement de celles de la foi.

Mais ces deux suppositions se ruinaient d'elles-mêmes, puisqu'ils ne pouvaient pas nommer les personnes qui avaient assisté à ces assemblées, ni marquer les jours où elles avaient été tenues, et que cet écrit était si peu de chose qu'on ne pouvait pas l'attribuer à cette assemblée sans faire paraître ou une ignorance très grossière, ou une extrême malice, étant certain que ceux qu'ils en voulaient faire auteurs étaient trop savants et trop éclairés pour produire une pièce aussi imparfaite qu'était cet écrit, etque tout au plus on ne lui pouvait donner pour père que quelqu'un qui, pour répondre aux impertinences que les Jésuites et le sieur Filleau commettaient sur cette constitution et sur le mandement de M. l'archevêque de Paris, avait ramassé quelques raisons et quelques autorités pour faire voir que les évêques avaient pu juger de ces matières en première instance, contre ceux qui assuraient que ce droit ne leur appartenait pas, et qu'il était attaché uniquement au Saint- Siège. Cependant le sieur Filleau et les Jésuites faisaient leur fort de cet écrit, et le produisaient partout comme une preuve des cabales qu'ils prétendaient se faire tous les jours dans l'abbaye de Saint-Cyran.

L'autre moyen dont ils se servirent fut une conférence que le même sieur Filleau voulait avoir avec le P. Mulard, cordelier, qui était alors à Poitiers. Cet officier du roi se voyant contraint le plus souvent de garder le silence après que l'on avait ruiné les calomnies qu'il avançait en toutes rencontres, et sur les contes ridicules qu'il faisait touchant la députation des docteurs qui avaient été envoyés à Rome par les évêques pour la cause de saint Augustin, crut pouvoir trouver dans l'entretien de ce religieux de quoi répondre à ceux qui lui fermaient la bouche.

Étant donc allé trouver dans ce dessein cet illustre cordelier qu'il suppose être l'homme du monde le plus sincère, et lui ayant demandé communication des pièces qui avaient été écrites et présentées à Rome de part et d'autre, ce coureur entra en matière, et lui raconta par le détail les aun 19

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diences qu'il avait eues de Sa Sainteté, et les conférences qui avaient été tenues sur ce sujet avec les principaux du Sacré Collège. 11 condamna de fausseté tous les écrits que ces députés s'attribuaient, et dit qu'il avaient été reconnus publiquement pour des docteurs qui soutenaient des hérésies. Mais surtout il lui représenta comment M. Hallier^ son cher cousin, avait passé dans Rome pour un homme d'un rare mérite et d'une doctrine très pure et très universelle ; que d'une part on ne pouvait assez exprimer la bienveillance avec laquelle le pape et les cardinaux l'avaient traité en le remplissant de médailles, d'indulgences et de bénédictions, et que de l'autre on ne pouvait assez faire concevoir le mépris que sa -Sainteté et ces Éminences avaient fait de ceux qui lui étaient opposés, les ayant renvoyés sans médailles, sans indulgences et sans aucune marque d'une légitime approbation, il lui ajoutaqiie ces docteurs, disciples de saint Augustin, s'étaient députés eux-mêmes à Rome, et que s'ils avaient reçu en effet quelque députation, ce n'avait été que de la nouvelle troupe des prétendus disciples du même saint. Que dans tout le cours de cette affaire, ils avaient paru s'attacher davantage à la politique humaine et à la sagesse du siècle qu'aux maximes de l'Évangile, et qu'ils avaient eu plus de soin de se conduire en véritables ambassadeurs des princes de la terre qu'en ministres de J.-C.;que dans la première audience dont le pape l'avait honoré, il avait déclaré à Sa Sainteté que le jansénisme était une faction et une cabale, et l'en avait informé dans la harangue qu'il lui avait faite en qualité d'envoyé du roi et de député de la Faculté de théologie de Paris. Il fut même assez libéral pour lui en laisser une copie, et cet officier du roi a élc assez simple pour la faire imprimer.

On voit par là de quoi peut être capable une piété aussi peu éclairée qu'était celle du sieur Filleau, qui donnait à tout par un faux zèle et ne se mettait pas en peine d'examiner ce qu'on lui disait quand c'était des choses conformes à ses mouvements et à ses intentions. On a une lettre écrite de la propre main du dit sieur Filleau à M. Le. Roy. abbé de Hautefontaihe, alors chanoine de l'église de Notn Dame de Paris, pour le congratuler du zèle qu'il témoignait en plusieurs rencontres contre l'irrévérence de plusieurs personnes dans l'église, ayant même fait imprimer pour cet efl'el

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la traduction de quelques endroits des Homélies de saint Chrysostôme contre la profanation des lieux saints, il n'avait nulle habitude avec cet abbé, et ne s'unissait à lui que dans cette ardeur qu'un si vertueux ecclésiastique faisait paraître pour conserver aux lieux consacrés à Dieu la vénération qui leur était due.

Depuis ce temps-là, il s'était laissé emporter par une boutade de piété contre les défenseurs de saint Augustin, que la alomnie lui représentait comme les auteurs et les défeneurs d'une hérésie naissante, et il se faisait un honneur de onsulter sur leur sujet un cordelier coureur et vagabond, homme de désordres, plein de vices, et perdu de réputation dans l'estime de tous ceux qui le connaissaient. C'était l'oracle de cet avocat du roi, et après sa relation il n'y avait point d'œuvres si fortes qu'il ne fût capable d'entreprendre pour la destruction du prétendu jansénisme. Ce sont les ténèbres de notre nature disgraciée et la terrible punition des enfants d'Adam.

Mais ces deux moyens ne lui réussirent pas mieux que le reste de ses intrigues; plus ses partisans tâchaient de les faire valoir dans Poitiers, et plus les amis des disciples de saint Augustin les confondaient, leur soutenant que la lettre même de M. le cardinal Antoine leur était plus désavantageuse qu'elle ne leur était favorable, et que celle de son secrétaire ne devait être nullement considérée.

Cependant ils firent tout ce qu'ils purent pour perdre de réputation les lettres que M. de La Lane et ses collègues avaient écrites de Romele 16 et le 23 du mois de juin aux évêques qui es avaient députés ; ils tâchèrent de les faire passer pour des ettres supposées; ils les comparèrent à la lettre que les Maichéens avaient publiée pour établir leurs impiétés et leurs rreurs et pour attirer les simples à leur parti. Ils les quaifièrentdu titre de Manifeste contre la constitution de notre aint Père le pape, et le sieur Filleau en ayant reçu deux xemplaires, il les adressa à M. le nonce pour se plaindre omme d'un attentat contre la constitution dont il devait vertir Sa Sainteté. Mais ce ministre du Souverain Pontife e contenta de lui répondre en termes généraux, l'exhortant e continuer ses soins pour la défense de l'autorité du Saint iège,sans faire aucune considération sur la lettre qu'il lui vait écrite, quoique pleine d'invectives contre les disciples

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de saint Augustin, dont il traitait la doctrine de scandaleuse, de fausse, d'hérétique et de blasphématoire. Mais c'était assez pour le transporter de joie que M. le nonce lui eût écrit, et quoique ses amis s'en moquassent, il ne laissa pas de regarder cette lettre vague et générale comme une glorieuse récompense de son zèle pour la doctrine de l'Église et pour l'autorité du Saint-Siège. Cette vanité ne servit qu'aie rendre plus entreprenant et à redoubler cette aversion furieuse qu'il avait contre des théologiens desquels il avait formé depuis longtemps de si funestes idées. Mais notre suite nous appelle encore à Paris.

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